Du rififi dans le crowdfunding

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La manne du financement des startup et PME par les particuliers attire de plus en plus d’acteurs dans un contexte de démocratisation de la création d’entreprise et de glorification de l’entrepreneuriat et parfois de « gourouisation » des « starts » sur les réseaux sociaux. Pourtant, comme le révèle nos confrères de Zéro Bullshit dans leur newsletter dont nous avons pu avoir connaissance, tout n’est pas tout rose au pays des bisounours dans un secteur en pleine crise d’adolescence, entre conflits d’intérêt, bataille d’égo et renforcement de la régulation.


Posons quelques bases

2 milliards par an (chiffres 2023) est le montant total collecté auprès de centaines de milliers des particuliers, avec un stock (total des financements cumulés) qui dépassera 10 milliards d’euros cette année. Tout de même.

Le crowdfunding equity (financement des entreprises de l’économie réelle) se taille la part du lion, avec une croissance près de 70 % en 2023, qui devrait se poursuivre cette année, alors que l’immobilier s’effondre et que les grands acteurs de la dette, October en tête, cessent leur activité. 


2024, la crise d’ado

Né il y a désormais plus d’une dizaine d’années dans le cadre de la libéralisation du secteur financier, c’est avec le statut de « Conseil en Investissement Participatif », que se sont déployés les diverses branches du crowdfunding (capital, dette, don..), continuité du statut de Conseiller en Investissement Financier, certes régulé par l’AMF et enregistré à l’ORIAS. Un environnement cependant peu contraignant, un statut déclaratif, avec une diversité d’associations professionnelles non reconnues par le régulateur. Un boulevard pour les pirates.

Entre volatilité du cadre fiscal pour les investisseurs particuliers et les diverses crises financières, les pionniers du secteur se sont réinventés dans ce cadre assez souple. Anaxogo s’est lancé dans l’immobilier et les infrastructures avant de racheter Cap Horn, une société de gestion de Private Equity, Tudigo s’est concentré sur le capital investissement, Lendosphère s’est concentré sur les projets de transition énergétique… Tout le monde n’a pas réussi ces pivots : Qui se souvient de Smart Angels, liquidé et finalement repris par Sowefund, lui-même repris par Founder Future en 2023 ?  Mais c’est une manne qui attire aussi les « Super Business Angels » autoproclamés, à l’instar d’Anthony Bourbon, propulsé par l’émission QVEMA, qui lance Blast Club en 2022. On est loin de la classe des Niel et Granjon…


2025, la fin de la récré

Derrière tous ces mouvements de plaques tectoniques se cache une réalité plus triviale : le retour de la régulation d’un secteur qui s’apparente au far ouest. Noyés sous les plaintes des particuliers s’étant fait abuser par des abonnements et des frais non justifiés, des faux projets financés, l’Autorité des Marchés Financiers prend sous son aile en 2023 la régulation de ce secteur en instituant un nouveau cadre réglementaire de Prestataire de Service en Financement Participatif dans le cadre d’un règlement européen qui date de.. 2020. Et délivre un agrément, comme n’importe quel opérateur financier qui « gère » l’argent des autres. Autant dire que le fête est finie et le petit nouveau, même auréolé de son statut de « vu à la TV », a ramé pour obtenir son blanc seing.


Bourbon frelaté

Apparement déjà en froid avec ses investisseurs de Feed (Alven et Otium ont investi 15 m€ dans l’entreprise tout de même) après semble-il s’être allègrement affranchi des obligations d’exclusivité prévues dans son pacte d’actionnaire, Zéro Bullshit mets à mal la « légende Boubon » entretenue à coup d’agence de communication et de lobbying. « L’homme qui valait 100m€ » semble franchir une fois de plus une ligne blanche, réglementaire et éthique cette fois, en vendant des parts de Blast Club à sa propre communauté, sur une valorisation ahurissante, tout en prenant ses 10 % sur la transaction. Exit l’intérêt des investisseurs, l’égalité de traitement des porteurs de parts, bref, toute la doctrine qui sous-tend la mise en place par le régulateur du nouveau statut destiné à protéger les particuliers… Pas certain que le petit numéro habituel « mes détracteurs je les e**erde, j’assume» fasse beaucoup d’effet auprès de la commission des sanctions de l’AMF.


Autofinancement et conflits d’intérêts

Vous me me direz « les autres plateformes aussi ont levé des fonds auprès de leur communauté ». Oui, il y a pas mal d’opérations qui se sont réalisées, en toute transparence d’ailleurs, dans des contextes très différents, puisqu’il s’agissait d’autofinancer leur propre croissance. Et les conditions proposées aux investisseurs étaient très « fair » avec des valorisations comparables entre elles. L’argent allait dans la société, pas dans la poche des fondateurs. Petite nuance qui a son importance et transparence totale sur les conflit d’intérêt.


Too big to fail ?

Dans ce monde où même des Oussama Amar, sous le coup de multiples procédures juridiques, peuvent continuer à jouer les gourous et braquer des entrepreneurs en herbe, on peut s’interroger sur la complaisance de tout un écosystème avec « l’un des siens » et la responsabilité d’une chaine de télévision qui laisse penser qu’elle cautionne ce genre de pratique. Pourtant tout le monde « sait » dans les réseaux d’entrepreneurs mais personne ne dit rien…

Nul doute cependant que le régulateur ira mettre son nez dans ce qui peut devenir un petit Madoff, en espérant que les professionnels de métier, comme Anaxago, Tudigo ou d’autres, qui redoublent d’efforts pour professionnaliser leurs pratiques et protéger les intérêts de leurs investisseurs, ne pâtirons de ces comportements de pirates et ne freinera pas la démocratisation du Private Equity.

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