En réflexion au Sénat, le prêt subventionné pour les salariés existe déjà

Cyrille Pitois
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Face à la crise du logement, Sofiap porte le prêt subventionné pour l’accession à la propriété des salariés de la SNCF ou de grandes administrations comme l’Intérieur ou l’Education nationale. Une loi est en préparation mais déjà d’autres grandes entreprises ou PME s’y convertissent.

La difficulté de l’accession à la propriété des classes moyennes, a fortiori dans les zones tendues, est sans doute l’illustration de la crise du logement qui s’installe. Le gouvernement et le Sénat travaillent sur un prêt subventionné pour l’acquisition de la résidence principale. Mais la Sofiap, filiale de la Banque postale, met déjà en musique la stratégie de certains employeurs qui consiste à prendre en charge une partie des intérêts des prêts immobiliers pour bichonner leur marque employeur et fidéliser leurs salariés.

A l’heure du télétravail, financer la pièce en plus

Un peu d’histoire : au début du 20e siècle l’industrie minière, ou d’autres comme Peugeot à Sochaux, décident de construire des logements pour héberger les salariés et leurs familles dans des cités dédiées. Un coup de pouce aux salariés, sauf qu’en cas de décès, de retraite ou autre accident de la vie, la famille du salarié risquait de se retrouver à la rue. Dès cette époque, la SNCF prend une autre option : accompagner ses salariés dans l’accession à la propriété, en subventionnant une partie des intérêts des emprunts. Une innovation qui se traduit dès 1923 par la création de la Socri.

Un siècle plus tard, la Socri est devenue Sofiap et le dispositif existe toujours. Au fil des années les salariés des filières gazières et de l’énergie sont entrés dans le dispositif, puis ceux de l’Education nationale et du Ministère de l’intérieur. Président du directoire depuis deux ans, Laurent Permasse souhaite ouvrir davantage le dispositif à l’ensemble du marché du secteur privé. « Au moment de la crise covid, les entreprises et les salariés ont dû s’adapter très rapidement au télétravail avec des gens qui devaient travailler sur un lit ou cesser de travailler dès le retour des enfants de l’école. Favoriser l’accès à la propriété pour financer la pièce en plus, c’est un vrai sujet. »

Un levier pour se réapproprier la politique du logement

Neuf grandes entreprises du secteur privé et plus d’une dizaine de PME viennent de rejoindre la Sofiap, une banque qui ne commercialise que ce produit. « Chaque employeur détermine ses règles. Les entreprises fixent elles-mêmes la hauteur de leur encouragement. La plupart opte pour un remboursement de 80 % des intérêts du prêt aux primo-accédants, à concurrence de 100 000 euros d’emprunt, ou pour un remboursement de 80 % des intérêts aux salariés qui acceptent la mobilité à concurrence d’un prêt de 200 000 euros. En moyenne, cela permet aux salariés de bénéficier de 10m² supplémentaires, par rapport à un prêt bancaire classique, » retrace Laurent Permasse. L’investissement ne prend en compte ni les projets de résidence secondaire ni les investissements locatifs.

« Ce n’est pas un gris-gris. C’est un vrai levier à disposition des entreprises pour se réapproprier la politique du logement. On le fait depuis un siècle mais la bonne surprise c’est que la puissance publique souhaite s’en emparer et la favoriser. Il est important que ce dispositif volontaire se généralise en complément du prêt à taux zéro, le PTZ. » A la faveur de la prochaine loi de finances, le prêt subventionné pourrait être encouragé par l’action de l’État. Une première année d’expérimentation est envisagée en 2024.

Contrairement au 1 % logement qui est une cotisation à un dispositif qui lui échappe complètement, l’employeur peut, avec le prêt subventionné, cibler sa politique au bénéfice des primo-accédants, des salariés mobiles, de l’ancienneté… C’est lui qui fixe les critères d’accompagnement. 

Une aide aux aidants pour héberger un proche

Un retour au paternalisme et à une forme de lien définitif à l’entreprise ? « La question la plus fréquente des emprunteurs c’est : qu’est ce qui se passe si je quitte l’entreprise ? » reconnaît Laurent Permasse. Le contrat signé par le salarié prévoit évidemment cette circonstance. Mais en réalité, un emprunteur paie 80 % des intérêts dûs sur les dix premières années du prêt. Dans la vraie vie, un prêt a une espérance de vie de 8 à 9 ans, avant qu’il ne soit remboursé ou remplacé par un autre. Or la fidélité moyenne d’un salarié à son emploi est de 7 à 8 ans. La question a donc assez peu de chances de se poser. Pas forcément la peine de chercher une simulation du prêt Sofiap sur le net. Avec son unique produit, le prêt subventionné, la banque assure des permanences en visio conférence directement au sein des entreprises et les directions ressources humaines présentent le plus souvent le dispositif en marque blanche.

La Sofiap travaille aussi le créneau du prêt conso pour les travaux qui peuvent améliorer la vie des salariés. Par exemple une pièce en plus, ou un aménagement spécifique pour adapter le logement à l’accueil d’un proche chez soi et devenir aidant. « On sait que les aidants consacrent en moyenne 10 heures et parcourent 230 km par semaine pour accompagner un proche. »

Avec un savoir faire exclusif sur deux sujets de société majeurs de la période, Sofiap ne se contente pas de viser les entreprises bien structurées. « Pour les salariés isolés nous travaillons à proposer le dispositif via des accords de branche, par exemple dans l’hôtellerie-restauration, les métiers de la santé ou en direction des intérimaires avec l’enseigne Randstad. »

Une mission à impact à créditer au bilan responsabilité sociale et environnementale des entreprises : « On essaie de rendre l’accession à la propriété compétitive, poursuit Laurent Permasse, de créer de la valeur en faveur de la marque employeur des entreprises et de contribuer à la préparation de la retraite. »

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