EPI : le challenge de la « reachability » paneuropéenne

A l’occasion d’un webinar organisé par Partelya Consulting et Mercatel le 6 novembre 2020, les professionnels du marché des paiements se sont penchés sur le sujet European Payments Initiative (EPI), matérialisant la volonté de franchir un nouveau cap dans l’Europe des paiements. Annoncé en juillet 2020 par seize banques de cinq pays européens (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas et Espagne), le projet, qui en est au démarrage, comporte un lot d’interrogations inexorables.

« Work in progress ». Telle est l’expression utilisée par BNP Paribas, l’une des banques fondatrices d’EPI, pour qualifier la situation de ce projet en novembre 2020. Et de fait, cinq mois après l’annonce de juillet 2020*, plusieurs questions essentielles restent en suspens. D’abord, la gouvernance à mettre en place. Ainsi, si la volonté politique et institutionnelle de poursuite de la construction de l’Europe des paiements ne fait aucun doute, la question des réalités opérationnelles ne peut, quant à elle, être occultée. Comme l’ont rappelé les intervenants du webinar du 6 novembre, l’Europe des paiements, qui a connu de nombreuses étapes structurantes ces dernières années, reste parallèle à une fragmentation en termes d’usages et d’habitudes locales, voire de visions et de stratégies distinctes au sein des Etats membres. Dès lors, comment mettre en place une gouvernance qui matérialise cette diversité au service d’intérêt régional et d’une connectivité paneuropéenne ? La question est ouverte. Selon BNP Paribas, la réflexion est en cours sur ce point, avec l’idée de mettre en place une direction et un board réunissant différentes parties prenantes du marché ayant pour mission de définir la stratégie à mener en lien avec les réalités de l’écosystème. 

Gouvernance et standardisation

Une stratégie qui sera sans nul doute progressive, plusieurs éléments étant à clarifier avant la mise en ordre de marche de cette infrastructure paneuropéenne destinée à couvrir la carte, l’instant payment et les innovations nées du digital comme le wallet. Parmi les questions essentielles : Quels seront les modèles économiques qui seront définis dans le cadre d’EPI? Question sur laquelle les professionnels s’accordent sur le fait que pour que le projet fonctionne, le business model doit être viable et reposer sur une équation plus avantageuse que les modèles existants, comme par exemple celui qui a été défini sur la carte de paiement. De quoi confirmer que si le projet EPI a été initié par des banques, l’intégration de toutes les parties prenantes du marché est essentielle pour assurer la concrétisation de l’évolution. Ainsi, acteurs connexes, à l’image du retail, auraient vocation à prendre une place plus importante dans le projet EPI. Autre extension envisagée – et tout aussi essentielle – : l’élargissement d’EPI à d’autres pays européens que les seuls membres fondateurs, le projet étant pour l’instant porté par cinq pays. Un enjeu qui soulève inévitablement la problématique de la « reachability » paneuropéenne qui avait déjà été abordée dans le contexte du lancement de l’instant payment. Sur ce point, les acteurs du monde de la technologie sont unanimes : EPI nécessitera de lourds investissements technologiques et renforcera la nécessité de miser sur la standardisation, en sachant que des solutions existent déjà, sur le marché, pour traiter cette problématique et que l’un des impératifs repose sur l’enjeu de l’expérience client.

La place du consommateur européen

Et de fait, s’il existe un acteur de l’écosystème à prendre en compte dans cette concrétisation du projet EPI, c’est bel et bien le consommateur européen. Peu intégré dans les réflexions de Place liées aux moyens de paiement – jugées comme trop techniques -, le consommateur européen aura sans nul doute un rôle décisif à jouer dans le succès d’EPI. Réalité que les acteurs de l’écosystème ont déjà identifiée comme le démontre la feuille de route EPI, impliquant la création d’une marque européenne. A cela s’ajoute une prise de conscience de certains acteurs du marché, concernés par l’accompagnement du client final dans cette évolution au moment « opportun », c’est-à-dire lorsque la solution sera effective. De quoi confirmer qu’EPI doit être analysé non seulement comme une évolution à court terme mais également comme une structuration du marché à long terme. En effet, parmi les interrogations prospectives qui entrent en considération figurent par exemple la convergence, à terme, entre EPI et les travaux européens menés dans d’autres univers technologiques comme l’intelligence artificielle, la monnaie digitale de Banque Centrale, ou encore l’identité numérique, ayant pour point commun d’être jugés comme porteurs pour le renforcement de la souveraineté européenne dans le domaine du numérique. Autre question lancinante, le sujet du crossborder, cher aux yeux de la Banque Centrale Européenne (BCE), voyant EPI comme une structuration du modèle européen susceptible d’être exporté dans d’autres régions du monde. Sujet sur lequel les acteurs opérationnels n’ont pas encore établi de projet, la priorité étant la finalisation de cette infrastructure européenne du marché des paiements avant de développer une vision et une stratégie plus internationale.

*Voir la tribune de juillet 2020 sur le sujet


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