Interview de Cédric Teissier, Finexkap

Créée en 2012 par deux entrepreneurs français, Finexkap est une solution d’affacturage au service des TPE, des PME et des travailleurs indépendants. Rencontre avec Cédric Teissier, l’un de ses deux fondateurs. 

Finance Mag : Bonjour Cédric Teissier. Pourriez-vous vous présenter succinctement ainsi que Finexkap ?

Bien sûr. Je suis co-fondateur et CEO de Finexkap depuis 2012. Après une carrière d’avocat en private equity à New York pendant de longues années, je suis devenu agent de placement pour des fonds de private equity avant de co-fonder ma première fintech en 2009, Palico, une marketplace pour les fonds de private equity et leurs investisseurs ayant pour objet de leur permettre de réaliser des transactions primaires et secondaires. Mais trop de private equity a eu raison de moi ! En 2012, avec mon associé Arthur de Catheu, nous avons donc voulu nous concentrer sur des problématiques plus concrètes des entreprises, et donner un sens à nos démarches entrepreneuriales. Et s’il y a bien un sujet qui est le nerf de la guerre pour les entreprises, et par ce terme je désigne surtout notre coeur de cible qui est celui des petites entreprises, c’est la trésorerie. Nous avons ainsi conçu Finexkap afin de développer des solutions technologiques permettant de proposer des offres de financement de trésorerie aux entreprises avec une architecture logicielle totalement ouverte, permettant ainsi de se connecter aux différents logiciels tiers sur lesquels des transactions B2B sont réalisées ou enregistrées, l’idée étant au départ d’offrir une expérience d’affacturage digitale nativement intégrée dans ces écosystèmes pour rendre le financement aussi invisible que possible. Depuis notre lancement commercial en 2015, nous sommes ainsi devenus le leader en Europe continentale pour le financement de trésorerie alternatifs à destination des PME, avec plus de 50.000 financements réalisés pour plus de 3.000 entreprises.

FM : Pouvez-vous nous parler de votre nouvel outil “Finexpay” ? 

Finexpay est avant tout né d’une certaine frustration que nous avons connue avec nos produits d’affacturage digital. L’affacturage, c’est très sélectif. Il faut être une entreprise, opérant dans un secteur B2B, avec un mode de facturation compatible avec l’affacturage, dans un bon secteur d’activité, etc. Bref, sur les dizaines de milliers d’entreprises ayant sollicité nos services, nous n’avons pu en convertir qu’un peu plus de 3.000. Si c’est déjà un succès, avec seulement 40.000 entreprises ayant recours à l’affacturage en France, c’est trop peu. Nous avons donc cherché à pouvoir servir plus d’entreprises sur leurs besoins de financement court-terme, et c’est ainsi que nous est venue l’idée de concevoir Finexpay. Il s’agit d’une offre dite de “Buy Now, Pay Later” (BNPL) à destination d’une clientèle professionnelle, le principe étant de lui permettre de payer ses achats de manière différée avec un délai de paiement supplémentaire de 30, 60 ou 90 jours venant s’ajouter au délai de paiement contractuel. Alors qu’il y a pléthore d’offres de BNPL à destination des consommateurs, il n’existe bizarrement aucune offre dans le B2B, qu’elle soit l’initiative d’une banque ou d’acteurs technologiques. Grâce à Finexpay, les marchands sont payés tout de suite et peuvent améliorer leur taux de conversion ainsi que leur volume d’affaires, tandis que les acheteurs bénéficient d’un financement court-terme leur permettant de mieux gérer leurs potentiels besoins de trésorerie. Notre offre inclut le recouvrement et l’assurance-crédit afin de délester les marchands de ces tâches chronophages et de bien maîtriser le risque crédit des opérations. Il s’agit d’un outil omnicanal qui peut être disponible directement au point de vente des magasins pour professionnels, ou de manière digitale au niveau du checkout sur des sites e-commerce B2B.

FM : Comment vous est venu l’idée de créer cet outil pour faciliter les paiements pour les professionnels ? 

A nouveau, la frustration de la sélectivité de l’affacturage nous a poussés à réfléchir à améliorer notre offre produit, et l’absence de solution de BNPL pour les professionnels nous a semblé particulièrement intéressante. La complexité du paiement B2B, qui reste encore très peu digital en raison de ses particularités qui le distinguent du paiement B2C (paniers plus élevés, plafonds de cartes de crédit, processus de validation des achats, etc.) a fini de nous convaincre, l’idée étant de pouvoir offrir une solution de paiement B2B totalement digitalisée. Nous avons rapidement présenté ce produit à certains de nos partenaires historiques ayant une activité compatible, et l’idée les a immédiatement séduits. C’est ainsi notamment que notre premier partenariat de distribution a vue le jour, avec le leader de la grande distribution alimentaire pour les professionnels, METRO France, avec qui nous travaillions déjà sur des sujets de financement depuis 2017. Afin d’être en mesure de commercialiser Finexpay, nous avons donc étendu l’agrément de notre société de gestion de portefeuille, Finexkap Asset Management, à l’activité de prêt aux entreprises à l’automne 2019, et nous sommes mis en ordre de marche pour débuter ce nouveau chapitre au printemps 2020.

FM : La crise a-t-elle impacté le lancement de Finexpay ? Plus généralement, est-ce le meilleur moment pour lancer un nouvel outil ?

Et oui, malheureusement la crise a fortement impacté le lancement de Finexpay. Nous étions prêts à lancer notre partenariat avec METRO France fin mars 2020, mais malheureusement la clientèle de METRO France, majoritairement composée de cafés, hôtels et restaurants, a dû fermer ses portes au milieu du mois de mars, ce qui nous a naturellement poussés à reporter la date de lancement. Même si nous avons ainsi été freinés dans notre élan, ce produit est devenu absolument stratégique pour aider le secteur à redémarrer, donc c’est un mal pour un bien, car nous nous attendons à une forte demande dans les mois à venir ! D’un côté, c’est sûr que la crise n’est pas forcément le meilleur moment pour lancer un produit. Beaucoup d’entreprises ont dû revoir leurs priorités en termes de développement de nouveaux produits, ralentissant ainsi un certain nombre de projets de partenariats supplémentaires sur lesquels nous travaillons. A l’inverse, ceci dit, notre offre prend tout son sens au milieu de cette crise dans la mesure où un nombre croissant de clients professionnels peut avoir besoin de recourir à des solutions de financement court-terme, a fortiori quand ces solutions sont disponibles de manière digitale.  

FM : Quelle est la prochaine étape pour Finexkap et Finexpay ? 

Nous avons quatre axes stratégiques aujourd’hui. Du côté de Finexkap, il s’agit d’abord de nouer des partenariats avec des banques traditionnelles aux fins de leur permettre de commercialiser notre solution d’affacturage digital au sein de leurs réseaux, puis de continuer à nous interfacer avec des places de marché B2B via notre solution Cash Market afin de permettre aux vendeurs professionnels d’être payés immédiatement et de fournir un délai de paiement aux acheteurs professionnels. Nous travaillons déjà avec une vingtaine de places de marché en France, en Espagne et en Allemagne, et nous souhaitons accélérer notre déploiement sur des places de marché à travers l’Europe. En ce qui concerne Finexpay, c’est très simple : réussir nos premiers partenariats et nous déployer progressivement de manière omnicanale sur des écosystèmes d’e-commerce B2B ainsi que dans les magasins physiques adressant une clientèle professionnelle. Et dans les deux cas, poursuivre nos efforts de data science afin de toujours mieux appréhender le risque et automatiser nos processus

FM : Le mot de la fin, que peut-on vous souhaiter ?

De continuer à aider les travailleurs indépendants et les TPE / PME pendant longtemps, tout en ne cessant d’innover afin de répondre aux nouveaux comportements et aux attentes d’une économie qui connaît de nombreuses mutations.


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