Au plus près des Fintech en Grande-Bretagne et dans le monde entier, Fintech Circle met en relation les sociétés les plus disruptives et innovantes du domaine de la « Finance numérique » avec les grands noms de la City et des institutions financières mondiales. Nicolas Steiner, Directeur de la convergence digitale de Fintech Circle Innovate, la branche Innovation de Fintech Circle, analyse pour Fintech Mag l’évolution du marché, notamment en Afrique, ainsi que les relations entre les Fintechs et les banques autour du thème ô combien stratégique de l’ innovation.

Nicolas Steiner interviewé lors de Bordeaux Fintech

Fintech Mag : Bonjour Nicolas Steiner. Pouvez-vous nous présenter Fintech Circle et Fintech Circle Innovate ?

Nicolas Steiner : Créé il y a un peu plus d’un an à Londres et lancé dans le cadre de Level 39, le plus grand accélérateur technologique d’Europe, Fintech Circle est un cercle de Business Angels réunissant une communauté d’investisseurs internationaux spécialisés dans les Fintechs. Fintech Circle collabore avec les sociétés les plus disruptives et innovantes du domaine des technologies financières et les met en relation avec les grands noms de la City, des institutions financières britanniques.

Fintech Circle Innovate est la branche Innovation de Fintech Circle. Sa mission est de conseiller les acteurs sur leurs investissements et stratégies dans les Fintech. Elle met en relation les acteurs du monde financier avec les principales Fintech mondiales et guide les premiers dans le choix d’acquérir, d’investir dans ou de collaborer avec une start-up innovante. Elle publie en outre l’indice « Fintech Corporate Innovation » qui offre chaque année un instantané précis sur l’innovation dans le secteur des Fintech. Par exemple, dans le rapport 2015 on apprend que les banques d’investissement sont mieux armées que les banques de détail en matière d’innovation, ces dernières ayant encore du mal à faire un lien entre innovation et investissement. Les banques privées paraissent les plus exposées à la stagnation du fait d’une absence de culture d’innovation.

Fintech Mag : Fintech Circle Innovate vient de publier son rapport sur la banque mobile en Afrique « The powerful rise of the 2nd generation of mobile banking in Africa ». Quelles sont ses principales conclusions ?

Nicolas Steiner : Le rapport met en parallèle le dynamisme actuel des Fintech dans le monde et la transition actuellement en œuvre en Afrique. Le continent africain a beaucoup changé ces dernières années. L’Europe et les Etats-Unis ont pris beaucoup de retard par rapport à l’Asie, en termes d’investissement. En Afrique, l’économie et les démocraties évoluent. On assiste à une résurgence de la classe moyenne qui souhaite accéder à des services mobiles. Les technologies mobiles ont commencé à se développer en Afrique à partir de 2002. Puis des services comme M-Pesa (transfert d’argent et micro-financements) ont été lancé à partir de 2007 et ont contribué à enraciner le mobile dans le quotidien des africains en palliant l’absence de banque dans les zones les plus difficiles d’accès. M-Pesa, par exemple, affichait plus de 20 millions d’utilisateurs début 2015.

L’Afrique est souvent sous-évaluée. Pourtant, avec une moyenne d’âge de 35 ans, un énorme potentiel de croissance existe pour les Fintech, avec les prémices de la transformation digitale des entreprises, l’évolution démographique et la très forte pénétration des téléphones mobiles. Le moment est propice pour investir sur ce continent. On commence à voir apparaître, par exemple, des offres concurrentes à M-Pesa. L’esprit entrepreneurial Africain est plus dynamique qu’en Europe : l’accès à des emplois générant un revenu correct reste encore faible, les jeunes sont donc motivés par la création d’entreprise. Il existe aujourd’hui en Afrique de plus en plus de microsociétés particulièrement dynamiques et principalement impulsées par des femmes. Parallèlement, on voit apparaître de nombreux projets de co-living destinés à des start-ups, freelancers et jeunes professionnels tels que Startuphome, qui servent à créer des passerelles entre les plus grands centres technologiques mondiaux, comme la Silicon Valley ou Londres, et l’Afrique, notamment l’Afrique du Sud.

Fintech Mag : L’innovation bancaire doit nécessairement passer par l’externe ou l’interne?

Nicolas Steiner : Les deux sont possibles ! On sait aujourd’hui qu’à cause de l’accumulation des niveaux hiérarchiques dans les grands groupes bancaires, l’innovation a toutes les chances d’être obsolète avant même d’avoir été mise en pratique… Malgré cela, ils sont encore très puissants. Leurs réseaux de distribution restent un avantage important : un nouveau produit peut être potentiellement déployé rapidement et globalement, sans investissement lourd.

A mon sens, le problème de l’innovation interne dans les banques relève surtout d’une dimension culturelle. L’innovation vient du chaos ! Et les banques s’attachent plus à appliquer des business model existants qu’à laisser libre-court à la créativité de certains employés qui ont des idées. Les niveaux hiérarchiques, souvent inutiles, freinent l’innovation au lieu de la laisser s’épanouir. La solution passe donc par l’externalisation. Les banques, comme les opérateurs télécom, ont été très gâtés dans le passé. Elles n’ont jamais été forcées d’innover réellement, mais ont développé d’autres compétences, par exemple dans la conformité réglementaire où elles excellent. Certaines n’ont ni la culture de l’innovation, ni même conscience que l’innovation peut les sauver. En revanche, d’autres ont développé avec le temps une vraie capacité de veille, de monitoring et d’incubation de l’innovation.

Pour les Fintechs, je pense que l’avenir passe nécessairement par une collaboration avec les banques. Celles-ci ne vont pas disparaître. Celles qui sauront coopérer avec des acteurs externes parviendront à mieux se positionner dans le futur. La croissance et la pérennisation du secteur financier passe pas cette collaboration : aux Fintech l’innovation (en termes de produit et d’expérience client) et aux banques la puissance du réseau et l’animation de la relation client.

Fintech Mag : Qu’est-ce que l’open innovation ? Et quel est son intérêt pour des grandes entreprises comme les banques ?

Nicolas Steiner : Le concept d’open innovation, comme l’explique très bien wikipedia est « un mode d’innovation fondé sur le partage, la coopération entre entreprises, à la fois compatible avec une économie de marché (via les brevets et licences) et avec l’Intelligence économique ». En résumé, il s’agit plus ou moins de recycler les principes de l’open source, dans un contexte d’innovation : partage, échange, ouverture et diffusion maximale.

L’innovation est encore rare en interne dans le milieu bancaire, l’incentive restant relativement faible. On sait que de grandes banques, telles Barclay’s ou Deutsche Bank, ont développé leurs propres laboratoires. UBS a créé un labo interne sur la blockchain, basé au Level39. Pour l’instant, on n’en sait pas beaucoup plus. Toutefois la vraie tendance actuelle consiste à l’externaliser : de nombreuses banques consacrent énormément de ressources au développement d’échanges avec l’extérieur. De nombreuses Fintechs en profitent et ce phénomène devrait prendre de l’ampleur dans les années qui viennent. En théorie, si le rythme actuel de l’innovation se maintient, 75% des grands groupes mondiaux (SP 500) auront disparu à l’horizon 2027. Ceci donne la mesure des enjeux actuels. Les banques doivent dès aujourd’hui incuber des start-ups pour ne pas perdre de temps. Elles doivent anticiper cette transformation pour protéger leurs activités.

Fintech Mag : Que retiendrez-vous de l’année 2015 sur le marché des Fintech ?

Nicolas Steiner : Londres a confirmé son rang de première place européenne des Fintechs. Le flux massif d’investissements initié il y a 5 ans par le gouvernement et la municipalité commence à porter ses fruits. Au-delà des investissements, le gouvernement a joué un autre rôle décisif en adoptant une législation nouvelle et adaptée aux usages d’aujourd’hui, qui a débloqué le marché. Londres étant la capitale financière européenne et également la capitale technologique, elle s’est imposée avec l’appui des institutionnels comme une des principales capitales mondiales des Fintech. Ceci a été confirmé dernièrement lors de mon passage à la conférence IMTC World aux USA : Londres est perçu comme un leader global présentant tous les atouts d’un écosystème complet.

Par ailleurs, les acteurs technologiques américains commencent aussi à être très actifs. La preuve : le consortium « Financial Innovation Now » initié par Amazon, Apple, Google, Paypal et Intuit a été créé afin de mettre les régulations financières américaines sous pression.

Je retiendrai également que 2015 a vu l’émergence des REG-TECH, c’est-à-dire les start-ups qui se positionnent pour aider les banques à mieux gérer la conformité règlementaire. La FCA britannique y voit un axe de développement majeur pour ces prochaines années. L’enjeu est de taille : plus de 2 milliards de livres sont dépensés chaque année par les institutions financières britanniques pour répondre aux réglementations européennes.

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