Parmi les 300 000 français résidant à Londres et les 44 000 professionnels évoluant dans les Fintechs dans la capitale britannique, Octave Auger a rejoint en 2014 GoCardless, le spécialiste des paiements récurrents. La société s’est fixée pour mission de simplifier la gestion des prélèvements bancaires afin de les rendre accessibles à tous les types d’entreprises, depuis les TPE et PME jusqu’aux plus grands groupes mondiaux. Avec 15 000 clients en Europe, elle fait partie des Fintechs affichant les plus forts taux de croissance. Le point sur son développement avec Octave Auger.

Octave Auger interviewé lors de Bordeaux Fintech

Fintech Mag : Bonjour Octave Auger. Pouvez-vous nous présenter GoCardless ?

Octave Auger : GoCardless est un Etablissement de Paiement Agréé, spécialisé dans les prélèvements bancaires récurrents, autorisé par l’autorité britannique FCA (Financial Conduct Authority) et habilité à prélever des paiements à travers l’Union Européenne. Créé en Angleterre en 2011 avec l’appui de grands investisseurs (Balderton Capital, Accel Partners, Passion Capital et Y-Combinator), nous nous étendons progressivement en Europe.

La mission que nous nous sommes donnée est de rendre les prélèvements bancaires plus simples et accessibles à tous, instantanément et à bas coût. Les prélèvements bancaires étaient jusque-là réservés aux plus grandes entreprises et leur gestion requérait beaucoup d’efforts : les PME passaient beaucoup de temps à gérer des fichiers complexes, et les grands groupes ne pouvaient pas adapter facilement le prélèvement à leurs nouveaux modèles économiques (SaaS, sharing economy…). Nous voulions changer cette situation et simplifier le prélèvement.

Aujourd’hui, plus de 15 000 clients nous font confiance à travers l’Europe, dont des PME, des start-up, des Fintechs et des associations, ainsi que des grands groupes tels que Habitat, Box.com, le Guardian ou le Financial Times. Nous couvrons bien sûr la zone SEPA, mais travaillons également avec des pays européens hors zone euro, comme la Grande Bretagne et la Suède. Toute entreprise en France et en Europe peut désormais accéder au prélèvement bancaire grâce à notre tableau de bord et notre API, et bénéficier d’un mode de paiement économique avec un taux d’échec extrêmement bas.

Fintech Mag : Après le prélèvement, pensez-vous vous attaquer à d’autres domaines bancaires ?

Octave Auger : Non, nous considérons que le prélèvement est la méthode de paiement récurrent du futur : économique (pas d’intermédiaire comme Visa/MasterCard), fiable (pas d’expiration du moyen de paiement) et efficace (pas d’attente constante de virements / chèques). Nous ne voyons pas l’intérêt d’aller vers le paiement par carte, ni vers le prêt, le marché du prélèvement étant suffisamment important, avec un potentiel de développement intéressant. Nous nous efforçons à démocratiser ce qui n’était accessible auparavant que par les grands acteurs, de type EDF. Notre ambition est de devenir la plate-forme permettant de prélever n’importe quel compte en banque dans le monde au sein d’une solution unique. Nous intégrons aujourd’hui des solutions spécifiques à l’ensemble des pays (Etats-Unis, Australie, Brésil, Japon…) afin de fournir notre service sur une échelle globale.

Nous offrons une plate-forme de gestion intuitive, qui gère le prélèvement de bout en bout : de la création des mandats en ligne à la réconciliation en temps réel du statut des paiements. Il est possible de mettre en place et gérer des prélèvements directement dans notre tableau de bord en ligne, mais également d’automatiser la gestion des paiements en intégrant notre API dans un site internet et des systèmes informatiques, ou encore de recourir à des partenaires pour intégrer les prélèvements dans des logiciels spécifiques.

La force de notre offre réside dans sa simplicité d’utilisation : moins d’administration, des tarifs transparents et dégressifs, un suivi aisé des paiements et un support client toujours disponible. Au final, nos clients bénéficient d’une réduction importante des impayés et des retards de paiement

Fintech Mag : Pensez-vous que la réglementation européenne est un frein à l’innovation bancaire ? et pourquoi ?

Octave Auger : Il y a quelques années, la réglementation a surtout beaucoup aidé les banques qui disposaient d’équipes juridiques et techniques pour la mettre en place. Les start-up, s’appuyant sur des équipes plus limitées, avaient plus de mal à y répondre. Il est toujours difficile aujourd’hui de se connecter aux systèmes des banques. On est souvent obligé de recréer la roue à chaque nouveau projet, ce qui coûte cher et est particulièrement chronophage. Il serait préférable de se concentrer sur l’innovation. Parallèlement, il faut reconnaître que l’évolution des réglementations en Europe, par exemple SEPA, contribue à démocratiser nos activités en abattant quelques barrières. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

GoCardless bénéficie du soutien marqué de ses investisseurs et du gouvernement britannique qui est particulièrement actif dans le domaine financier. Traditionnellement, il existe beaucoup d’accélérateurs dédiés à la Fintech en Grande-Bretagne et Londres reste la capitale financière européenne. D’ailleurs son maire, Boris Johnson est un fervent défenseur des Fintechs. La Grande-Bretagne est un exemple que seraient bien inspirés de suivre les autres pays européens, France et Allemagne en tête.

Fintech Mag : L’avenir des Fintechs en général et de GoCardless en particulier passe-t-il par une collaboration étroite avec des banques, voire une prise de participation ? Si non, comment financez-vous votre développement ?

Octave Auger : La collaboration avec les banques est évidemment essentielle puisque notre activité est le prélèvement sans intermédiaire. Nous y sommes contraints. Mais parallèlement, nous travaillons avec certaines banques pour fournir à leurs clients des services de prélèvement modernes et automatisés. Nous ne sommes pas donc dans une lutte frontale, mais plus dans un phénomène de coopétition.

Les Fintechs peuvent trouver dans les banques certaines compétences dont elles ne disposent pas. En revanche, une prise de participation pourrait avoir une incidence sur notre propre fonctionnement, voire une perte de maîtrise de notre roadmap. De plus, nous pourrions être confrontés à une perte de neutralité et d’indépendance, un peu comme PayPal il y a quelques années après le rachat par eBay. Ce rachat a beaucoup aidé PayPal à se développer au début, mais l’a freiné ensuite. La leçon qu’on peut en tirer est que l’utilité des partenariats stratégiques varie selon son objet : aujourd’hui, les Fintechs peuvent collaborer avec les banques pour innover, mais c’est moins évident en termes marketing.

Fintech Mag : Que retiendrez-vous de 2015 ?

Octave Auger : Pour GoCardless, c’est clairement l’année où nous entrons de plein pied dans le concert Européen, avec l’ouverture de nos filiales en France, en Allemagne, en Espagne, en Suède et aux Pays-Bas. Pour les Fintechs en général, c’est l’année de la consécration en France. Au vu du nombre des créations d’entreprise, des acquisitions, des levées de fonds (parfois spectaculaires), la France commence à rivaliser avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne, et c’est une très bonne chose.

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