Paiements : comment « repenser » les modèles ?

L’événement NPF Payments & RegTech, organisé en format distanciel le 20 avril 2021 par Qube Events a été l’occasion de se pencher sur certains enjeux phares du marché des paiements. Au programme : open banking, technologies émergentes, ou encore enjeux sécuritaires. Les professionnels européens du paiement ont à cette occasion abordé plusieurs pistes de réflexion permettant de « repenser » les modèles existants.

Le secteur européen des paiements se trouve actuellement à un carrefour entre foisonnement technologique, initiatives stratégiques et évolutions réglementaires. Tel a été le constat dressé par les professionnels du marché réunis dans le cadre du séminaire NPF Payments & RegTech, organisé le 20 avril 2021. A cette occasion, ces derniers ont souhaité prendre du recul et analyser l’impact de ces mouvements et initiatives sur les prochaines tendances en matière de services financiers. Plusieurs thèmes ont été abordés.

Apports de l’open banking

Première thématique et pas des moindres : l’open banking. Né, en Europe, d’une initiative réglementaire (deuxième directive sur les services de paiement – DSP2, ndlr.), ce sujet n’en reste pas moins une évolution structurante à l’échelle globale, liée aussi bien aux évolutions sectorielles de la finance dans le sens de l’ouverture qu’aux transformations des usages. Ce passage à un paradigme ouvert serait, selon les professionnels, non seulement une initiative en soi mais également un vecteur de nouvelles opportunités stratégiques. Première piste envisagée : l’utilisation des API (Application Programming Interface, ndlr.) comme réel support de travail pour les entités financières. Autre idée, découlant directement de ce premier point, la possibilité d’évoluer progressivement vers un nouveau modèle de « Payment-as-a-service », particulièrement adapté dans le domaine du paiement à distance. Supposition pouvant être étayée par les travaux réalisés actuellement au niveau européen, à l’image du Request-to-Pay, qui seront sans nul doute porteurs de nouvelles approches dans le domaine transactionnel.

Technologies émergentes

Autre sujet abordé : les perspectives liées aux technologies émergentes, particulièrement dans le contexte de renforcement sécuritaire souhaité par la réglementation, comme le démontre par exemple la généralisation de l’authentification forte dans le cadre de la DSP2. Sur ce point, plusieurs idées méritent d’être étayées. A commencer par un point convergent : l’identification des technologies biométriques comme support idéal pour l’authentification des transactions. Parmi les solutions considérées comme porteuses : l’empreinte digitale, déjà utilisée dans certains pays, comme en France où le Groupement Cartes Bancaires CB étudie les contours d’une carte de paiement dans laquelle l’empreinte digitale remplacerait le code PIN, ou encore la reconnaissance faciale, qui suscite néanmoins certaines interrogations au sein de différents Etats. Autre technologie à potentiel : la blockchain, dont les opportunités dans le secteur des paiements méritent d’être étudiées. Enfin, ne l’oublions pas, l’intelligence artificielle est considérée comme un atout, particulièrement dans le domaine sécuritaire, où elle semble porteuse de nouveaux modèles et contributrice de l’accélération du déclin de la frontière entre les usages physiques et numériques. 

Evolutions liées à la réglementation

Dans ce nouveau contexte, une question émerge naturellement : comme évolue le rôle des Banques Centrales et plus généralement de la réglementation ? Premier constat : la Covid-19 a conduit à une nouvelle étape en termes de digitalisation des usages dans la société. La finance, au même titre que les paiements, n’ont pas été épargnés. Cette réalité doit désormais être intégrée par toutes les parties prenantes de l’écosystème. Autre élément de réflexion : la propension de certaines institutions à dépasser leur seul rôle politique pour se positionner de façon plus opérationnelle dans le secteur. Deux exemples : le lancement de Target Instant Payment Settlement (TIPS) par la Banque Centrale Européenne (BCE) pour garantir la connectivité paneuropéenne dans le domaine de l’instant payment, et les initiatives récentes de différentes Banques Centrales, dont la BCE, dans le domaine de la CBDC (Central Bank Digital Currency). De quoi confirmer que les régulateurs semblent vouloir avoir un rôle de plus en plus opérationnel dans le secteur des paiements. Pour accompagner cette évolution, les RegTech et SupTech, dédiés respectivement à la réglementation et à la supervision, semblent être des acteurs pertinents, pour bon nombre de professionnels. En adressant des problématiques spécifiques, à l’image du KYC (Know Your Customer), par exemple, cette typologie d’acteurs pourrait permettre aux entités de se doter d’une agilité compatible avec l’évolution du secteur, en lien avec les innovations technologiques. Ces structures pourraient donc être en mesure, à terme, de devenir un axe de différenciation au sein du secteur financier. De quoi confirmer que la désintermédiation observée dans le domaine des paiements semble être en mesure d’irriguer tous les pans de l’activité, du volet stratégique aux aspects technologiques, en passant par la réglementation et la supervision des acteurs. Situation qui semble propice à l’émergence de nouveaux modèles.


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