En fin d’année 2019, on apprenait que Finance Innovation avait élue Libeo comme fintech de l’année -bravo encore à eux. Mais alors, qui a concrètement élue cette stratup ? Quel est le rôle d’un juré dans ce type de concours ? Nous avons interviewé trois jurés (sur les 40 présents) pour comprendre un peu mieux les dessous de ces concours.

Virginie Augagneur Directrice des opérations incubateur platform58 à la Banque Postale, Chirine BenZaied-Bourgerie Directrice Innovation chez Finastra et Bernard-Louis Roques Co-fondateur de Truffle Capital, répondent à nos questions.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ? 

Virginie : Je suis Virginie Augagneur et après un parcours en l’événementiel (hôtellerie/restauration), je suis depuis une dizaine d’années dans le monde entrepreneurial. Notamment 7 ans auprès de 50 Partners, incubateur français de jeunes startups lancé en 2012, basé sur le mentoring des projets par des entrepreneurs aguerris. Depuis 1 an et demi, je suis en charge de l’accompagnement des startups au sein de l’incubateur de la Banque Postale, que nous avons lancé en juin 2018.

Chirine : Chirine BenZaied-Bourgerie, je suis directrice innovation chez Finastra (3e plus grande fintech au monde). Avant de rejoindre l’équipe innovation, j’ai travaillé un peu plus d’un an sur le développement de la communauté fintech autour de la plateforme FusionFabric.cloud, et encore avant, j’avais passé 10 ans en marché de capitaux, sur divers postes en ingénierie, et en product management.

Bernard-Louis : J’ai commencé à travailler comme trader chez HSBC, puis je suis devenu entrepreneur. Après avoir revendu ma société j’ai co-fondé Truffle Capital afin de créer en France un acteur du capital-risque dédié à la création et l’accompagnement de startups innovantes, « deep tech », ayant vocation à devenir des champions delà technologie. Depuis 2014 nous nous sommes focalisés sur les Fintechs et InsurTechs et avons été les premiers en Europe à créer un incubateur Fintech, qui a rencontré un beau succès puisque 3 des 8 premières sociétés ont été revendues assez rapidement avec de bons multiples. Forts de ce « proof of concept » nous avons récemment finalisé un fonds institutionnel focalisés exclusivement sur les Fintechs et InsurTechs.

Quel est votre rôle en tant que membre du jury ? 

Virginie : Notre rôle est d’écouter les 8 projets pré-sélectionnés et d’en faire ressortir un qui répond au plus proche aux critères de sélections (équipe, innovation, offre du marché, modèle économique, et impact environnemental et sociétal). Merci à Finance Innovation (dont nous sommes partenaires avec l’incubateur de la Banque Postale) de nous avoir donné l’opportunité de participer à ce concours en tant que Jury. 

Chirine : Mon rôle a été d’évaluer les fintechs selon des critères assez classiques pour ce genre de concours – l’innovation technologique, le potentiel business, la santé financière, l’équipe et l’impact social et environnemental. C’était vraiment difficile de départager les différentes fintechs et j’étais vraiment impressionnée par la qualité et la maturité de ces pépites françaises. Aussi ce que j’ai trouvé intéressant c’est la diversité qu’on pouvait y trouver, entre des fintechs très techniques axées recherche, d’autre plus centrées sur la connaissance de leur clients, puis encore d’autres avec des expertises très précises sur un segment donné.

Bernard-Louis : Chez Truffle nous avons un deal flow conséquent. Nous analysons chaque année près de 1000 opportunités différentes, à tous les stades, de l’idée à la startup série B, des spinoffs de grands groupes aux laboratoires de recherche académique. Nous avons donc certains réflexes et quelques méthodes qui peuvent constituer une contribution utile à un tel jury. 

Pourquoi avoir sélectionné Libeo ? 

Virginie : Libeo est un projet à forte valeur ajoutée pour les TPE/PME. C’est une plateforme unique pour collecter, suivre et payer toutes les factures fournisseurs. La gestion financière d’une petite entreprise est très chronophage et consommateur de temps. En ce sens, Libeo répond à un vrai « pain point ». L’équipe est solide, le produit vient de sortir et les premiers résultats sont très encourageants.

Chirine : Libeo cochait toutes les cases – une innovation technologique et de business modèle avec leur plateforme de gestion de factures et de paiement entre entreprises, un marché assez large avec les PMEs et TPEs pour qui la gestion des factures est un vrai problème pénible à gérer, un démarrage impressionnant, une équipe pleine d’énergie, et un impact social sur toutes ces PMEs/TPEs qui pourraient gagner en temps et en efficacité en utilisant la plateforme Libeo. C’est donc un prix bien mérité, bravo encore à Libeo !

Bernard-Louis : Bien que nous connaissions déjà, pour les avoir rencontrées, la quasi-totalité des sociétés candidates, nous nous sommes appliqués à porter un regard objectif répondant aux critères édictés. Libeo nous a plus pour la clarté de sa roadmap, et l’intégration innovante du paiement dans une solution de facturation, qui illustre bien l’évolution du monde du paiement, qui a vocation à sortir d’un écosystème ésotérique de spécialistes pour se généraliser, et se diffuser en s’intégrant dans des solutions procurant une expérience utilisateur agréable.Je précise, afin d’évacuer toute notion de conflit d’intérêt, qu’aucune des sociétés candidates ne faisait partie du portefeuille de Truffle Capital.

Dites-nous 1 conseil que vous donnez aux Fintech qui se présentent à des concours…

Virginie : Pour expliquer au mieux en quelques slides (car comme dans tout concours, le temps de présentation est court), il faut savoir vulgariser son concept, le résumer en points clés: à quel besoin cela répond, le marché, le business model, l’équipe derrière…

Chirine : Si je devais me limiter à un conseil – travailler son pitch. C’est un exercice qui n’est pas du tout facile, mais qu’on peut beaucoup améliorer en s’entrainant. Et le gagnant dans ce genre de concours, à expertise ou potentiel business égal, est celui qui arrive à délivrer le pitch parfait !

Bernard-Louis : Il est plus difficile de réussir un « pitch » de 5 minutes qu’une présentation d’une heure. Entraînez-vous, répétez minutieusement.