Ndlr : Tous les mois, le CFTE, plateforme globale d’apprentissage et d’innovation pour la finance 2.0 basée à Londres, nous partage un portrait d’un de ses Alumnis. Nous suivons le CFTE depuis leurs débuts et sommes ravis de leur donner la parole pour partager des regards de professionnels de terrains, qui se sont convertis à la nouvelle finance : plus digitale, plus inclusive, plus mondiale et en même temps plus proche.

CFTE parcourt le monde pour rencontrer ses alumnis. Nous voulions partager leur parcours de transformation en Finance digitale. Pour ce deuxième épisode, nous vous proposons de lire le témoignage de Socheat Chhay, diplômé du CFTE, qui est aujourd’hui à la tête de la Transformation Digitale à la banque publique d’investissement Bpifrance

Quel est votre parcours? Et quel est votre poste et mission actuelle?

J’ai 13 ans d’expérience en finance des marchés et Asset Management à travers lesquels j’ai eu la possibilité d’évoluer parmi les 5 premiers employés, en tant que directeur exécutif d’une Start-up pionnière en ETF sur matières premières. Cette aventure nous a mené à développer une licorne anglaise d’une valorisation de 1.2 milliards dollars.  J’ai par la suite co-fondé une start-up en Cleantech, pendant 4 ans en Amérique latine et levé près de 14 millions d’euros. J’ai transféré l’activité à un fond de gestion pour retourner en Europe.  

J’ai complété ma formation par un Executive MBA à Oxford pendant 2 ans, afin de rejoindre par la suite Bpifrance en qualité de responsable de la transformation digitale et d’accompagner le passage de Bpifrance de banque traditionnelle à une fintech phygitale via un processus d’open innovation. Mon rôle est doublé d’une fonction d’intrapreneur au sein duquel je suis chargé de développer une fintech basée sur l’open banking.  J’occupe également la fonction de mentor chez Techstar, dans la continuité de mes années d’expérience d’entreprenariat. 

Socheat Chhay Head of digital transformation BpiFrance

Quel a été le tournant qui vous a donné envie d’évoluer ?

Il y a deux éléments de conscience personnelles m’ont poussé à évaluer un changement de cap.

Lors de mes précédentes fonctions en qualité de directeur de trading et sales en Delta 1, les algorithmes et les automates avaient déjà modifié le métier du trader et du market maker. Les nouvelles générations de traders que je recrutais pouvaient non seulement penser les stratégies mais aussi les simuler et automatiser les envois d’ordres en codant. Je devenais « un trader de la vieille école » ; cette réalisation m’a poussé à quitter la finance de marchés en 2011 pour suivre ma fibre entrepreneuriale en énergie renouvelables. 

Ma deuxième prise de conscience s’est produite lors de voyages, dans le cadre de mon Executive MBA ; en effet, j’ai eu la chance de rencontrer le monde des startups et des licornes en Afrique du Sud, en Inde et en Chine qui avaient pour ambition de révolutionner l’impact social via la technologie. Ils permettaient non seulement de transformer les process traditionnels mais aussi de transformer leur écosystème par l’innovation de différents modèles économiques. Cette prise de conscience m’a poussé à vouloir ouvrir le champ des possibles dans le cadre de transformation du monde financier par le biais de la Bpifrance. 

Qu’avez-vous appris le plus au cours de votre transition professionnelle (via CFTE et co.) En termes de compétences, de connaissances, de méthodes, etc. ?

Durant ma transition de carrière, j’ai appris qu’il faut prendre le temps de se poser les bonnes questions et ne pas hésiter à changer de cap, pour ajuster ses priorités et définir sa vision personnelle en fonction de ses expériences.  Dans certains cas, cette remise en cause signifie une réelle transformation personnelle, une prise de risque, une formation complémentaire et une nouvelle définition des étapes à entreprendre.

Oxford m’a permis de compléter certaines lacunes et de m’apporter une profondeur dans les sujets que je n’avais que perçu de manière superficielle dans mes précédents parcours. J’ai également pu profiter d’une consolidation de mes connaissances grâce aux deux cours de fondation Fintech et Intelligence Artificielle appliquée à la finance via CFTE. Ces cours m’ont permis de me donner une vision claire des différents cas d’usage applicables dans les divers métiers de la finance.  

Mon constat est assez évident après ces multiples transformations professionnelles et personnelles dans le monde financier : la finance traditionnelle comporte des process lourds et complexes qui la rende inefficace et inefficiente. Celle-ci se doit de se simplifier et de se transformer pour permettre aux métiers d’automatiser les tâches à faible valeur ajoutée et de se recentrer sur des tâches à forte « valeur ajoutée » afin d’améliorer l’expérience client.  

Au-delà de l’image médiatique populaire de la technologie financière, qu’est-ce que vous n’auriez jamais imaginé?

La Fintech avait à mes yeux une image assez réductrice : elle était le reflet d’un secteur offrant majoritairement des innovations incrémentales pour seul but d’améliorer des processus de core banking  ou d’accompagnement des acteurs économiques.

Cette image a évolué positivement, après avoir pu rencontrer des personnes en « Tech 4 good » qui utilisent la finance pour créer un impact positif : destiné à des populations désœuvrées, des causes citoyennes ou environnementales, des modèles économiques d’aide aux financements à des métiers qui y ont difficilement accès comme les agriculteurs, artisans et commerçants… (comme le fait par exemple Ant financial).

Quel est le meilleur conseil que vous donneriez à quelqu’un qui souhaite changer de travail dans la finance et qui souhaite développer sa propre carrière?

Se remettre en question, apprivoiser la réalité des avancées technologiques en étant curieux, humble, à la recherche de partage d’expériences et d’écoute active de l’écosystème Fintech et ses participants. Apprendre à connaître ses forces et ses faiblesses pour mieux se former selon l’objectif que l’on veut atteindre. La formation ne signifie pas tout maîtriser comme apprendre à coder mais avoir une compréhension claire des fonctions IT et pouvoir leur traduire correctement les problématiques.  Le financier de demain pourrait être le lien entre les métiers traditionnels et technologiques. Il devra comprendre les deux environnements et le traduire en réalité économique.