Simplifier l’accès à une épargne plus dynamique, telle est la mission que se sont fixés les deux co-fondateurs de Yomoni, en partant d’un constat : en France, l’épargne pourrait rapporter bien plus. Si les nouvelles technologies peuvent contribuer à réduire certains coûts, notamment en termes de distribution, elles apportent également de nouvelles possibilités analytiques permettant de personnaliser l’épargne en fonction de différents scénarios et profils de risque. Interview de Mourtaza Asad-Syed.

Créée en 2015, Yomoni est une société de gestion de portefeuille, dont l’ambition est d’aider les particuliers sans expertise financière à placer facilement et intelligemment leurs économies. Peu séduits par les rendements du Livret A, mais souvent noyés par la complexité ou le prix des offres bancaires, ces particuliers, notamment les jeunes, hésitent à investir. A travers une offre simple, tirant parti d’algorithmes sophistiqués, Yomoni, qui a obtenu l’agrément de l’AMF en juillet 2015, les accompagne dans la réalisation de leurs premiers projets, à travers une assurance-vie, alimentée de fonds indiciels et de trackers.

A partir d’un questionnaire, Yomoni définit le profil de risque de son client, puis lui propose différents scénarios d’investissement sur plusieurs années. Les frais de gestion sont de 1,6% par an et l’épargnant peut retirer son argent à tout moment.

En résumé, le métier de Yomoni s’articule autour de 3 piliers : la gestion des actifs, la distribution et la gestion des clients. Avec de nombreux processus automatisés et le recours à des algorithmes, Yomoni apporte un soin tout particulier à la gestion de sa clientèle. Quand un conseiller bancaire doit s’occuper d’environ 500 clients, il ne peut leur consacrer au mieux qu’une demi-journée par an. Yomoni combine la technologie et le conseil personnalisé pour proposer une épargne plus dynamique, et opère régulièrement les rééquilibrages nécessaires au respect du scénario choisi.

Mourtaza Asad-Syed, qui dirigeait auparavant la stratégie d’investissement de Société Générale Private Banking, a fondé Yomoni avec Laurent Girard, précédemment consultant chez Stanwell spécialisé dans la finance et particulièrement dans la transformation digitale du secteur. Il a accepté de répondre aux questions de Fintech Mag :

Fintech Mag : Bonjour Mourtaza Asad-Syed. Que signifie le nom « Yomoni »? Quelle est votre activité ?

Mourtaza Asad-Syed : Yomoni pourrait être une contraction de « Young Money », l’argent de la Gen Y ou des primo-épargnants. Il paraîtrait également qu’en coréen, « Yomoni » signifie « éternité », ce qui forme une belle promesse pour une raison sociale, non ?

Notre offre s’adresse en premier lieu à des jeunes actifs qui veulent reprendre le contrôle de leur épargne et de leur patrimoine financier. L’âge moyen de nos clients est de 36 ans, soit environ 15 ans de moins que la moyenne des souscripteurs d’assurance-vie. L’âge moyen de 33 ans des 14 collaborateurs de Yomoni le reflète ; à 41 ans je suis le plus âgé !

Pour continuer dans les analogies, Yomoni accompagne les Français dans la gestion de leur capital financier un peu comme les professionnels de santé prennent soin avec vous de votre capital santé. Dans notre système de santé, vous ne pouvez pas être à la fois médecin et pharmacien. C’est pourtant la réalité dans le système financier : les banques assument à la fois le rôle de « prescripteur » et de « vendeur ». Nous considérons que cette position est contre-nature et que les banques devraient être un peu moins présentes dans l’espace de la gestion. Les laboratoires pharmaceutiques n’ont pas de cliniques ! Les banques devraient abandonner la gestion patrimoniale.

Mais nous ne sommes pas de ceux qui crient à la mort des banques. Si Yomoni est clairement un disrupteur, un challenger, nous ne sommes pas des rebelles. Les banques ont clairement leur place dans l’écosystème et la participation du Crédit Mutuel Arkea à notre capital le prouve. Il nous semble simplement que les français méritent un accès plus transparent à des produits financiers plus performants.

Fintech Mag : Yomoni est donc une Fintech ?

Mourtaza Asad-Syed : Oui, complètement. Nous bénéficions à ce titre d’un surcroit d’intérêt de la part de la presse et des investisseurs. Maintenant sommes-nous plus « Fin » ou plus « Tech » ? Traditionnellement, notre positionnement penche plus vers le « Fin », mais la « Tech » est bien-sûr un différenciateur concurrentiel majeur. Notre modèle d’affaire est clairement orienté techno. D’ailleurs, notre équipe technique est la plus fournie aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas au démarrage. La technologie est partout, il faut innover sans relâche. Mais cette innovation ne doit pas se cantonner à l’informatique, nous devons également être proactifs en termes de portefeuilles, de relation client, de mise en place des procédures de conformité règlementaire, etc. C’est ce savant mélange qui nous définit en tant que Fintech.

Fintech Mag : Vous parliez des investisseurs, pourquoi accueillir Crédit Mutuel Arkéa à votre capital ?

Mourtaza Asad-Syed : Pour plusieurs raisons. D’une part, la banque nous apporte de l’argent afin de soutenir notre développement. D’autre part, elle a une vraie vision stratégique de ses investissements. C’est une banque qui a une mentalité de VC et une vision industrielle ; nous parlons le même langage. Enfin, dans notre métier, nous collaborons beaucoup avec sa filiale d’assurance, Suravenir. Son modèle d’affaire est centré sur la distribution sur Internet. Ceci permet de développer le modèle que je vous détaillais précédemment et de nous positionner de manière forte sur notre segment : avec 1,6 % de frais annuels, nous proposons l’offre pilotée la plus compétitive du marché et surtout, nous sommes les premiers à afficher des tarifs tout compris.

Fintech Mag : Donc Yomoni est une Fintech animée par le modèle de la coopétition. Comment voyez-vous l’avenir de cette profession ?

Mourtaza Asad-Syed : Trois enjeux majeurs façonneront notre avenir :

D’une part, l’acquisition de clients. Le marketing est bien sûr le nerf de la guerre, mais la qualité de la relation client – bien au-delà du conseil en lui-même – et les prix feront la différence.

D’autre part, la composante technologique. Tant que la technologie reste disponible pour tous, il n’y aura pas de problème. Mais si l’on assiste à la course aux armements, je pense que les GAFA sont incontestablement les mieux armés pour faire la différence sur le plan de l’infrastructure numérique.

Enfin, la réglementation. Celle-ci est aujourd’hui largement favorable aux acteurs installés. En France, nous avons la mauvaise habitude de répondre à des problématiques d’entreprise par de nouvelles couches réglementaires. La loi devient trop complexe, elle tue l’innovation. Il y a trop d’exceptions. Le secteur financier est un peu comme celui des télécoms avant l’arrivée de Free : de gros acteurs qui dominent la distribution, des tarifications complexes avec des frais cachés, impossibles à analyser et au final des clients peu satisfaits… Il faut que cela évolue. Par exemple, il n’y a aucune obligation d’afficher des coûts complets dans la gestion via une assurance-vie (comme le TEG du crédit). Les véhicules d’épargne ne sont pas adaptés à une vraie diversification : comment se fait-il qu’un épargnant français ne puisse pas inclure directement des actions américaines dans son PEA, alors que ce marché est la première capitalisation boursière mondiale ?

Nous nous battons pour faire évoluer les réglementations. Yomoni n’a qu’une ambition : augmenter le rendement de l’épargne des Français.

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