Alexandra Zana (Mastercard) : « Notre mission, c’est de connecter tous les acteurs du paiement »

Il y a quelques jours, Mastercard annonçait le rachat de Finicity, un spécialiste américain de l’open banking, pour 825 millions de dollars. Le président de Mastercard, Michael Miebac, déclarait au sujet de cette acquisition : « Finicity est une entreprise qui a fait ses preuves, construite sur des partenariats avec des milliers de banques et de fintechs, comme nous ». Pour en savoir plus sur la stratégie de partenariat adopté par le géant des paiements, nous sommes allés interroger Alexandra Zana, VP Business Development chez Mastercard France.

Alexandra Zana

Bonjour Alexandra. Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre rôle de VP Biz Dev chez Mastercard France ?

Au sein du département Biz Dev, notre mission est de développer les business de demain pour Mastercard. Cela se traduit sur deux volets distincts : d’une part, nous avons à coeur d’accompagner les clients non traditionnels de Mastercard, tels que les fintechs, et d’autre part, nous suivons les marchands du réseau Mastercard, ainsi que les banques de ces marchands. Dans ce cadre, nous essayons de pousser l’adoption de nouveaux usages, comme le paiement sans contact par exemple.

Comment la collabortion avec les startups s’opère-t-elle ? Ne met-elle pas au jour un « choc des cultures » ?

Vous savez, il y a une forte culture entrepreneuriale chez Mastercard. En France, nous ne sommes « que » 85 personnes, c’est-à-dire moins que certaines grosses fintechs. Cela nous permet de travailler en mode agile, de la même façon que les startups que nous accompagnons. Aujourd’hui, nous nous voyons plus comme une entreprise Tech autour des paiements et non comme une société traditionnelle de paiement. Nous aspirons d’ailleurs à être le partenaire privilégié des fintechs en France et en Europe grâce au lancement, le 2 juin dernier, du programme Fintech Express.

En quoi consiste ce programme ?

Avec Fintech Express, notre volonté est d’accélérer la mise en marché des fintechs, et ce en continu. Aujourd’hui, une fintech qui voudrait se lancer dans le paiement fait face à une alternative lorsqu’elle vient nous voir. Soit elle veut devenir cliente Mastercard, et donc passer par l’obtention d’une licence Mastercard puis par une phase d’implémentation technique, ce qui prend en général quelques semaines. Soit la fintech fait le choix de se faire sponsoriser par un de nos partenaires, comme c’est le cas avec les Bank-as-a-Service de type Treezor. Pour accélérer ce processus, nous avons mis en place des nouvelles mesures, que ce soit dans le cas où la fintech devient l’une de nos clientes (obtention d’une licence en accéléré, réduction des exigences en matière de garanties financières, dispositif d’accompagnement commercial dédié aux fintechs) ou qu’elle préfère se faire sponsoriser – auquel cas, nous la mettons en relation avec les partenaires de Fintech Express. Ces initiatives, que nous regroupons sous la triade « Access, Build & Connect », convergent en fait vers un même objectif : accélérer significativement les délais de mise sur marché pour les startups qui participent au programme.

Comment ce nouveau programme s’inscrit-il dans la continuité de l’accompagnement plus global que vous déployez chez Mastercard ?

Si l’on schématise, nos équipes travaillent sur trois grands volets d’accompagnement : l’adaptation de nos processus pour accélérer la mise en marché des fintechs, que nous venons d’aborder via le programme Fintech Express. Nous souhaitons également accompagner les fintechs à tous les stades de leur développement, que ce soit sur le volet data, marketing, financier, ou même en terme de développement international, via le programme Start Path. Sur ce dernier volet, 200 startups ont déjà été accompagnées, parmi lesquelles des fintechs comme Revolut, Curve ou Divido. Enfin, nous avons constitué un réseau de partenaires privilégiés, à l’image du Swave dont nous sommes l’un des partenaires fondateurs, ou d’événements emblématiques du secteur financier comme le Paris Fintech Forum.

Une dernière question : la crise du coronavirus a-t-elle eu un impact sur votre calendrier opérationnel ?

Pas vraiment, dans le sens où nous avons toujours innové en matière d’accompagnement fintech. En ce sens, le lancement du programme Fintech Express n’a pas de lien avec la crise. Ce qu’on remarque en revanche, c’est que l’on reçoit encore plus de sollicitations de la part des fintechs depuis le début de la crise. Nous souhaitons continuer à nouer des partenariats fructueux avec ces acteurs, mais aussi entre ces acteurs d’une part et des enablers comme Treezor ou des acteurs traditionnels d’autre part. In fine, je dirais que nous ne nous voyons pas comme une entreprise de paiement, mais davantage comme un réseau technologique qui a vocation à connecter les acteurs du paiement entre eux. Le but : faire en sorte que l’expérience de paiement pour l’utilisateur final soit la meilleure possible.


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