Avec EPI, l’Europe des Paiements amorce une nouvelle étape de son développement

Après plusieurs mois de travaux et réflexions, l’European Payments Initiative (EPI) a été officiellement lancée, le 2 juillet 2020. Ce projet vise à créer une solution de paiement unifiée pour les consommateurs et les commerçants en Europe, comprenant une carte de paiement et un porte-monnaie numérique, et couvrant les paiements en magasin, les paiements en ligne, les paiements de particulier à particulier, ainsi que les retraits d’espèces. Objectifs : franchir une étape supplémentaire dans l’harmonisation du marché européen des paiements et renforcer, par la même, l’autonomie de l’Europe dans un écosystème désormais globalisé.

La Banque centrale européenne (BCE) a salué, le 3 juillet 2020, la décision de seize banques de cinq pays européens (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas et Espagne) de franchir un cap dans la poursuite de l’européanisation du marché des paiements. Et de fait, plusieurs années après le passage à l’Euro, la migration SEPA du virement et du prélèvement, ainsi que le lancement de l’instant payment, EPI se veut une étape décisive pour l’Europe des paiements. Ainsi, son ambition est de créer une solution de paiement paneuropéenne couvrant instant payment, carte de paiement européenne, digital wallet et P2P. 

Harmonisation des usages et des stratégies

L’initiative, qui s’inscrit dans le cadre de travaux sur le renforcement de la souveraineté européenne dans le domaine des paiements, implique la création d’un standard et d’une marque européenne permettant à la fois d’harmoniser les usages dans un marché encore relativement fragmenté et d’installer l’Europe des paiements comme structure à part entière dans un écosystème désormais globalisé. L’initiative, aussi bien politique qu’opérationnelle, s’inscrit pleinement, par ailleurs dans les objectifs de la nouvelle Commission européenne sur l’Europe Digitale.

« Ces dernières années, des progrès significatifs ont été réalisés sur la voie d’un marché européen des paiements sûr, efficace et intégré, avec l’introduction d’infrastructures paneuropéennes dans le cadre de l’espace unique de paiement en euros (SEPA). Toutefois, la manière dont les particuliers réalisent effectivement leurs paiements reste fragmentée, que ce soit en ligne ou sur place, dans les magasins physiques. Dix pays européens ont encore des systèmes de paiement par carte nationaux qui n’acceptent pas les cartes d’autres États membres de l’UE. Il existe également un nombre croissant de services innovants, tels que les porte-monnaie sur téléphone mobile, qui ne sont proposés qu’au niveau national. La situation actuelle a suscité des initiatives de la part d’acteurs mondiaux visant à pallier les insuffisances en matière de paiements de détail transfrontières en mettant en place un nouvel écosystème de paiements distinct », rappelle ainsi la BCE. Et de fait, rappelons qu’à l’instar de différences en termes d’utilisation des moyens de paiement, l’Europe est également caractérisée par une variété de visions et de stratégies alimentant sa fragmentation.

Exemple : une appréhension distincte du sujet de l’open banking caractérise, encore aujourd’hui, le Vieux Continent, au même titre, par ailleurs, que le sujet de l’instant payment qui a été traité différemment d’un pays à l’autre. « En novembre 2019, l’Eurosystème a relancé sa stratégie en matière de paiements de détail, en appelant à une collaboration accrue entre les acteurs européens pour fournir des services de paiement répondant aux besoins des clients européens et pour renforcer l’autonomie du marché européen des paiements de détail. L’initiative européenne dans le domaine des paiements constitue une réponse à cet égard. Elle vise à substituer aux systèmes nationaux de paiements par carte, en ligne et par téléphone mobile, une carte et un portefeuille numérique unifiés pouvant être utilisés dans toute l’Europe, supprimant ainsi la fragmentation existante. Étant donné qu’elle repose sur le système de virements instantanés SEPA (SCT Inst), elle peut capitaliser immédiatement sur des infrastructures existantes, puissantes et sophistiquées, telles que le service de règlement des paiements instantanés Target (Target Instant Payment Settlement – TIPS) de l’Eurosystème », ajoute l’organisation.

La BCE rappelle en outre qu’elle continuera de soutenir les initiatives privées relatives aux paiements de détail sous réserve qu’elles remplissent cinq objectifs principaux : portée paneuropéenne, facilité d’utilisation par les clients, efficience en termes de coûts, sécurité et sûreté, identité et gouvernance européennes et, à long terme, portée mondiale.

L’enjeu du cross-border et la nécessaire intégration du consommateur européen

Et de fait, rappelons que le volet cross-border est l’une des ambitions phares de l’écosystème européen. A cet effet, nul doute que la région européenne pourra miser sur les potentialités, en termes de développement, des régions émergentes comme l’Amérique Latine ou encore l’Afrique où des passerelles sont déjà établies avec certains pays européens. Mais ce n’est pas tout. Pour entreprendre cette évolution décisive dans un contexte désormais globalisé, l’Europe des Paiements devra incontestablement franchir un nouveau cap, à savoir la définition d’un équilibre entre volonté politique, travaux opérationnels et réalités sociétales. L’une des questions centrales, dans ce contexte, repose notamment sur la place et le rôle du consommateur européen dans ce nouveau paradigme. Car nul doute que l’utilisateur final aura un rôle central à jouer pour assurer la pérennité de ce modèle défendu par les institutions et le terrain. D’où l’importance des travaux qui devront être réalisés en termes d’accompagnement et de pédagogie pour intégrer et accompagner l’utilisateur final dans ces évolutions. Ajoutons à cela les éléments sur lesquels l’Europe des Paiements pourra capitaliser pour engager le consommateur dans son évolution : des modèles économiques attractifs, la « reachability » et une variété de modèles et d’acteurs participant à la richesse de cet écosystème. 

Le rôle de la fintech européenne

Autre typologie d’acteurs devant être intégrée à ces évolutions, les acteurs de la fintech, déjà engagés, pour la plupart, dans des travaux de convergence paneuropéenne. Rappelons ainsi qu’à l’instar des acteurs industriels ayant annoncé, il y a quelques mois, leur volonté de collaboration paneuropéenne via l’initiative EDPIA, plusieurs associations fintech de différents pays européens travaillent depuis 2019 à la création d’une alliance européenne susceptible de renforcer leur voix auprès des institutions et de croiser les expériences sur divers sujets opérationnels, comme la réglementation (DSP2, RGPD…) et les innovations. Nul doute, par conséquent, que cette typologie d’acteurs pourrait avoir un rôle décisif à jouer dans une évolution des plus structurantes. De quoi confirmer que le maître-mot est « co-innovation ».


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