À l’heure où le spectre du protectionnisme ressurgit un peu partout dans le monde, le rapport de la BIS (Bank for International Settlements), publié tous les trois ans, est sans appel. Le marché des devises connaît une exceptionnelle croissance de ses volumes échangés, ceux-ci s’élevant désormais à 6.6 trillions de dollars par jour (contre 5.1 trillions $  il y a trois ans).

En hausse de près de 30%, le volume quotidien échangé sur le marché des changes (Foreign Exchange Market) est deux fois supérieur à celui avant la crise économique de 2008 et a atteint le plus haut niveau de son histoire.

Les acteurs de marché ont également évolué suite à la volonté des législateurs internationaux d’ouvrir le secteur des opérations de change à des établissements non-bancaires en limitant les barrières à l’entrée. L’objectifs de ces réglementations est de favoriser la concurrence au bénéfice des consommateurs (personnes privées et entreprises).

Cette ouverture s’est matérialisée en Europe avec le directive PSD1 (2007) qui a permis de voir apparaître des établissements de paiement dynamiques tels que les Fintechs. Cette tendance réglementaire s’est confirmée avec PSD2 (2015), les banques sont maintenant obligées d’autoriser l’accès aux comptes de leurs clients et aux informations qu’ils contiennent à des tiers autorisés comme d’autres banques ou établissements de paiement.

De nombreux enseignements sont à tirer de ce rapport, j’en ai retenu quelques uns qui donnent une vision globale de la taille du marché de change. 

L’hégémonie du dollar respectée

Depuis les accords de Bretton Woods de 1944, l’US dollar est omniprésente dans les paiements internationaux. Force est de constater que la domination du billet vert dans les échanges internationaux est toujours bien d’actualité. La part du dollar dans la totalité des échanges quotidiens sur le marché des changes est en hausse  s’élevant à 88.3% contre 87.6% précédemment.

L’Euro, seconde devise la plus échangée, demeure loin derrière à 32.3% malgré une légère hausse (+0.9%) et l’EUR/USD conserve sa place de paire de devise la plus échangée. Les entreprises continuent à avoir des réticences pour utiliser les devises de leur partenaires internationaux (Yuan chinois par exemple) et ce, pour différentes raisons: volatilité parfois accrue de la devise, une liquidité faible ou encore des difficultés logistiques favorise la hausse de l’utilisation de l’USD.

Ce type de défiance vis-à-vis notamment des devises émergentes est trop souvent injustifiée tant les solutions financières apportées par des sociétés spécialisées peuvent être adaptées avec des économies réalisables à la clé pour les entreprises.

Une utilisation des devises des marchés émergents en pleine mutation

Le premier point intéressant est que l’utilisation des devises des marchés émergents est en hausse, s’élevant désormais à 24.5% des volumes quotidiens échangés contre 21% précédemment. Certaines devises asiatiques ont profité des déboires du yen japonais qui a lourdement chuté en trois ans passant de 21.6% des échanges à 16.8%. C’est le cas notamment du dollar hongkongais qui a vu sa participation aux échanges sur le marché des devises doubler (3.5% contre 1.7% précédemment). La paire USD/JPY est toujours l’une des paires les plus échangée malgré une baisse de 4% dans les échanges mondiaux en 3 ans. Le yuan chinois (CNY) a quant à lui légèrement progressé dépassant la barre de 4% des échanges. Dans le cas où les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine persisteraient, les entreprises européennes travaillant en Chine pourraient avoir une carte à jouer en utilisant le yuan plutôt que le dollar.

Des opérations de change au comptant en baisses

La part des opérations de change au comptant dans la totalité des opérations sur le marché des devises a baissé : passant de 33 % en 2016 à 30% en 2019. J’ai tendance à penser que l’augmentation de l’utilisation des devises émergentes, souvent plus volatiles que d’autres devises, pourrait expliquer que les investisseurs délaissent un petit plus les opérations au spot pour s’orienter davantage vers des produits de couvertures.

A contrario, les swaps s’imposent une nouvelle fois comme les premiers instruments utilisés sur le marché avec une part de 49% du volume totale échangé. La liquidité de ces instruments ainsi que leurs utilités dans la couverture des risques de change font de ceux-ci des produits financiers très prisés par les investisseurs et les grands groupes.

Je constate également une légère augmentation de l’utilisation des contrats à terme au détriment de l’utilisation de produits optionnels. Le contrat à terme demeure une solution très plébiscitée par les entreprises et en particulier les PME, car c’est un produit simple et très efficace pour limiter, voir supprimer le risque de change.

Déjà peu présentes dans les opérations de change, les options ont subi la défiance des législateurs internationaux, ceux-ci ratifiant des réglementations visant à limiter leurs utilisations telles que MIFID 2 en Europe. Ces nouvelles exigences réglementaires ont été un véritable choc pour la rentabilité des banques et des établissements financiers, je pense néanmoins que la pression réglementaire en Europe devrait s’accroître sur les produits optionnels pour mieux protéger les consommateurs afin de se préserver du risque systémique bancaire.

Le rapport de la BIS dévoile un marché des paiements internationaux en plein essor, boosté par la croissance mondiale des dernières années et le développement de la mondialisation. Le retour du protectionnisme et les craintes de récession pesant aujourd’hui sur le monde m’invitent cependant à me demander jusqu’où ira la croissance des paiements internationaux.