Note de la Rédaction Fintech mag – Andréa Toucinho est de ces expertes aux multiples cordes à son arc : conférencière, consultante, journaliste, auteure, etc. Aujourd’hui, elle est également Directrice Etudes, Prospective et Formations chez Partelya Consulting. Elle nous partage sa connaissance de l’écosystème des paiements européens au travers d’une série « Europe des paiements » dont le 1er épisode est consacré au Portugal. 

Longtemps caractérisé par un modèle conservateur reposant en majeure partie sur le positionnement dominant de l’acteur national SIBS, le marché portugais des paiements amorce, en 2019 un renouveau stratégique, placé sous le signe de l’ouverture et de l’international. Figure emblématique de cette évolution, le régulateur Banco de Portugal anime depuis septembre 2018 le « Forum para os Sistemas de Pagamento » visant à définir la stratégie nationale du secteur en lien avec l’Europe.

L’annonce de Revolut, le 2 septembre 2019, n’est pas passée inaperçue au sein de l’écosystème européen de la banque et des paiements. Plus qu’un simple « coup de com’ », l’information se veut une brique supplémentaire dans le fort développement du Portugal dans le domaine des paiements et des services financiers innovants. Développement qui ne date pas d’hier. En effet, il faut remonter à la période de la crise financière de 2007-2008 pour recontextualiser l’évolution de ce pays dans ce secteur d’activité d’avenir. A l’époque, le Portugal subissait de plein fouet la crise financière et tandis que d’autres pays européens, à l’image de la France, commençaient à voir arriver au sein du secteur financier de nouveaux entrants qualifiés de Fintech, le Portugal se voulait quant à lui relativement conservateur, souhaitant redorer l’image de son secteur financier et renforcer la confiance des Portugais à l’égard de leurs banques. Cette période de crise a également été, rappelons-le une période d’évolution des investissements, avec par exemple des acteurs chinois s’engageant dans certaines entreprises de divers secteurs d’activité du pays. Au sérieux budgétaire ayant caractérisé le pays aux yeux de Bruxelles s’est rapidement greffée une politique avant-gardiste et progressiste. Conscients de la fuite des cerveaux liée à la nouvelle vague d’immigration portugaise due à la crise et aux aléas économiques liés à cette période, les acteurs politiques ont entrepris différentes mesures dans un souci de développement et de croissance économique – conditions fiscales attractives pour les retraités, promotion de l’auto-entrepreneuriat, etc. –. En tant qu’axe de développement non négligeable de l’économie nationale, c’est donc tout naturellement que le secteur financier s’est orienté dans cette direction.

Ouverture aux nouveaux acteurs et internationalisation

L’adoption de la deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2), en 2018 – considérée par beaucoup de pays, dont la France, comme suite logique d’une DSP1 source d’ouverture du marché avec notamment la création du statut d’établissement de paiement – a été symbole d’ouverture dans ce marché. Le travail conjoint des régulateurs et associations défendant les intérêts de la fintech nationale a ainsi conduit à la création d’un lab, par Banco de Portugal, visant à accélérer l’ouverture du marché et la collaboration entre toutes les parties prenantes de l’écosystème, sur le modèle de ce que nous pouvons observer en France avec le lab de la Banque de France ou encore le pôle Fintech de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Signe distinctif de ce pays par rapport à ses voisins européens, notamment la France : sa naturelle propension à se pencher sur un axe international. Exemples : la création d’une alliance ibéro-américaine de la Fintech, unissant la Péninsule Ibérique et les pays d’Amérique Latine ou encore les accords entre certains acteurs locaux – dont la banque portugaise Millennium BCP et le nouvel acteur Pagaqui – avec l’acteur chinois Alipay, dans le domaine des moyens de paiement. Plus généralement, n’oublions pas, d’un point de vue géopolitique, les prises de position du Portugal à l’égard des investisseurs chinois et ce, malgré les inquiétudes de l’Union Européenne. Dans ce contexte géostratégique, qu’en est-il de l’évolution du positionnement des acteurs du paiement ? Là aussi, le pays s’est distingué. L’acteur monétique local SIBS, notamment émetteur du schéma national Multibanco, a ainsi lancé début 2019 son API – SIBS API Market – visant à collaborer avec de nouveaux acteurs sur la création de produits et services dans une logique personnalisée et moderne.

 

Créer un écosystème européen lié au paiement mobile avec l’EMPSA

Plus récemment, cet acteur a manifesté son ouverture à la stratégie européenne en annonçant, début septembre 2019, la création de l’European Mobile Payment Systems Association (EMPSA)****** avec d’autres acteurs européens à l’image de Swish (Suède), Twint (Suisse), Vipps (Norvège), MobilePay (Danemark, Finlande), Bluecode (Allemagne, Autriche), et Bancontact Payconiq (Belgique), qui représentent près de 25 millions d’utilisateurs de paiement mobile et plus d’un million de points d’acceptation. Objectifs : favoriser la collaboration et l’interopérabilité des solutions de paiement mobile dans le contexte de la globalisation des paiements et proposer, par la même, l’acceptation internationale de la solution de paiement mobile MBWAY proposée par SIBS. Solution qui, rappelons-le, se veut souvent considérée au sein de la communauté professionnelle nationale comme concurrent naturel de l’instant payment – solution de virement instantané en temps réel née d’une volonté institutionnelle européenne – perçu comme l’un des fers de lance de la souveraineté européenne dans le domaine des paiements et sur lequel certains professionnels du pays, notamment les banques, sont déjà engagés. Une dualité qui reflète de façon relativement claire la stratégie d’un pays tourné vers l’avenir et vers l’international.

Andréa Toucinho

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