Comment développer son activité et faire ses preuves sans avoir les moyens ? Nombre d’entrepreneurs se trouvent confrontés à cette question en lançant leur startup. Ne serait-ce que pour développer un site Internet, la rémunération d’un graphiste ou d’un développeur peut constituer un coût rédhibitoire. Il existe plusieurs pistes de financement pour surmonter les obstacles financiers aux premiers stades de développement d’une startup. Et la saisonnalité de ces différents financements a un rôle à jouer.

Le prêt d’honneur

Au démarrage, une piste à envisager est celle du prêt d’honneur, éventuellement couplé au prêt bancaire à un particulier. Ce financement, généralement de 15 à 50 000 euros, versé le plus souvent en deux fois, vient alimenter directement les fonds propres de la startup. Les conditions sont très avantageuses, notamment parce que le taux d’intérêt est de 0% et qu’il est possible de demander grâce pour le remboursement en cas de faillite. Quelle sont les conditions pour en bénéficier ? Le principal critère de sélection concerne la création d’emplois locaux. En effet, dans ce scénario, l’argent provient de réseaux d’aide aux entrepreneurs, comme Entreprendre, Initiative France ou France Active. Tous partagent la même spécificité : un ancrage solide dans les territoires. Tous sont donc animés par le même objectif : avoir un impact local, qu’il soit social, environnemental ou économique. Si l’entrepreneur est à même de démontrer les retombées de son projet, il peut donc postuler à ces concours. Ces derniers étant organisés par promotion annuelle et dotés à chaque fois d’un nombre limité de places, il est stratégique de présenter un dossier en début de cycle pour maximiser ses chances d’être sélectionné. L’inscription pour les nouvelles candidatures a généralement lieu lors du Salon des entrepreneurs. A Paris, le prochain aura donc lieu en février 2020.

Le crowdfunding

L’étape suivante ou concomitante est le crowdfunding, un autre moyen de financer sa startup sous forme de fonds propres. Il s’agit de solliciter le soutien financier de particuliers en échange de préventes, de goodies, de parts de capital ou de royalties par exemple. A savoir : les résultats s’avèrent beaucoup plus probants pour une activité BtoC. Par ailleurs, un élément essentiel du succès d’une campagne de crowdfunding tient à l’implication des entrepreneurs : il faut être prêt à y consacrer énormément d’énergie et de temps. Les plateformes de crowdfunding comme Wedogood ou Wiseed opèrent en fait comme un démultiplicateur : si les efforts déployés par les chefs d’entreprise pour mobiliser leurs communautés et animer leurs réseaux sont importants, les chances de réussite via la plateforme le seront aussi. Et inversement ! Autrement dit, une campagne de crowdfunding ne s’improvise pas : il faut prévoir jusqu’à 3 mois de préparation pour une campagne qui s’étalera elle-même sur 1 mois. En termes de saisonnalité, le crowdfunding fonctionne notamment au printemps et en hiver. Ainsi, idéalement, il est recommandé de planifier la campagne de crowdfunding juste avant les prêts d’honneur en hiver. L’autre possibilité consiste à la planifier juste après, au printemps. Mais ce deuxième choix implique de préparer l’opération en même que les démarches pour obtenir le prêt d’honneur… ce qui représente une lourde charge de travail à ne pas sous-estimer.

Financements publics

Une autre étape difficile à placer dans le continuum de financement est celle des financements publics. Il s’agit généralement de subventions, c’est-à-dire d’un financement sans contreparties directes pour le financeur, mais avec des conditions telles que la création d’emploi ou l’obligation de dépenser l’argent d’une certaine manière pour la startup. Cela étant, dans certains cas, en général pour des montants plus importants ou des sociétés plus matures, il s’agit d’avances remboursables : ce système se rapproche des subventions sauf qu’un remboursement doit intervenir ultérieurement (c’est une notion proche de celle de prêt à taux zéro). Les financements publics et ceux instruits ou financés par Bpifrance sont accordés en fonction du montant des enveloppes disponibles. Comme les contreparties sont particulièrement avantageuses, notamment le remboursement conditionné voire la gratuité, les candidatures sont évidemment très nombreuses. Les enveloppes sont le plus souvent budgétées par année civile et très rapidement allouées dès le mois de janvier. A titre d’exemple, des enveloppes comme celle de la Bourse French Tech en Ile-de-France sont épuisées dès le mois de mars ! Pour avoir sa chance, il est donc préférable de nouer un premier contact avec Bpifrance en fin d’année civile pour cibler un accord de financement au premier trimestre. Pour ce premier rendez-vous avec BPI, le dossier préparé pour le prêt d’honneur, avant l’été, sera un solide atout.  Et avoir obtenu le prêt d’honneur permet de se présenter devant les financeurs publics avec des fonds propres, une condition sine qua non pour obtenir un financement.

Le prêt bancaire

La solution la plus classique pour financer la création d’une startup ou la reprise d’une entreprise classique est le prêt bancaire, soit à la société lorsqu’il s’agit de financer un actif matériel, soit à titre personnel lorsqu’il n’y a pas d’actif professionnel que la banque peut prendre comme garantie. Dans ce dernier cas, le montant est généralement limité à quelques dizaines de milliers d’euros et dépend de la situation patrimoniale de l’entrepreneur, et de la relation qu’il a avec son banquier ! Le financement bancaire reste difficile à obtenir pour un entrepreneur en début d’activité. Néanmoins, le modèle économique des banques est tel qu’elles ont besoin de prêter les fonds dont elles disposent. De ce fait, il peut être pertinent de solliciter un chargé de clientèle à la rentrée de septembre : en effet, à ce moment de l’année, les chargés de clientèle évaluent leurs résultats par rapport à leurs objectifs et ajustent leur stratégie d’allocation de prêts en conséquence. Par ailleurs, cette temporalité permet d’aller voir le banquier une fois le prêt d’honneur obtenu et après la campagne de crowdfunding, ce qui permet non seulement d’être plus assuré mais aussi – voire surtout ! –  plus convaincant. 

Les « Business Angel« 

L’appellation « Business angels » regroupe tous les particuliers qui investissent, le plus souvent en capital, dans des startups. Au-delà de l’aspect financier, certains mobilisent aussi leur temps, leurs compétences et leurs réseaux. Les Business angels peuvent investir seuls ou en club. Le plus souvent, les tickets pour chaque investisseur sont supérieurs à 10.000€, et le montant de la levée entre 200.000€ et 1.000.000€. En effet, au-delà, on fera plutôt appel à des fonds d’investissement. Attention au miroir aux alouettes cependant ! Les entrepreneurs ont tendance à prioriser les business angels sur les autres modes de financement, aveuglés par les fonds importants dont ces acteurs disposent et séduits par la rapidité apparente des démarches à initier. Il est important de garder en tête certaines dates importantes du calendrier, notamment la pause estivale et l’échéance fiscale du 31 décembre. Pour mener à bien un financement auprès d’un business angel, il convient d’anticiper ces contraintes temporelles en visant un premier contact avant les vacances d’été et un suivi à la rentrée pour un closing avant la fin de l’année.En conclusion, les entrepreneurs ont toute une palette de solutions à leur disposition pour lancer une activité. Quelle que soit l’option retenue, on ne doit pas sous-estimer la charge de travail que cela représente. Prendre en compte la saisonnalité propre à chaque mode de financement est un facteur clé de succès pour optimiser les démarches. Pour ceux qui rencontrent des difficultés à faire coïncider leur projet de startup et le calendrier, il existe néanmoins des financements sans saisonnalité, comme par exemple tous les systèmes visant à supprimer le besoin de financement, notamment le service for equity (une prestation en échange de parts du capital) ou mieux encore le service for royalties (une prestation en échange d’un pourcentage de son chiffre d’affaires futur).