Blockchain : ce qu’il manque à la France pour faire Cocorico

Si l’Europe a manqué le train de l’intelligence artificielle, et qu’il est déjà trop tard pour embarquer sur celui de l’informatique quantique, nous avons encore des raisons d’espérer qu’en France tout soit mis en œuvre pour faire de l’hexagone une locomotive en matière de Blockchain. Pourtant, malgré un terrain ultra favorable, nous risquons une fois de plus d’être le dernier wagon.

Toutes les conditions étaient pourtant réunies ! 

Tout d’abord, contrairement à l’IA, ou encore à l’informatique quantique, la blockchain ne repose pas sur une technologie matérielle nécessitant des investissements faramineux, mais des mathématiques et de la cryptographie, disciplines dans lesquelles la France est très bien positionnée. La fondation sciences mathématiques de Paris (FSMP) regroupe, par exemple, à elle seule près de 1500 scientifiques venus du CNRS, de l’INRIA, de l’ENS, du Collège de France, d’Universités (Dauphine, Descartes, …), etc. Ensuite, au vu des propos tenus par notre Ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, nous étions enclins à nous dire, qu’enfin, nous allions passer à la vitesse supérieure et devenir le leader mondial d’une technologie d’avenir. « Nous ne pouvons pas être la première place financière en Europe si nous ne sommes pas audacieux en matière d’innovation financière. », déclarait-il lors d’une conférence à l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) en 2018. Enfin, contrairement à nos voisins européens, la législation française a fait ce qu’il fallait en termes d’allègements, notamment au travers de la Loi Pacte et du passeport optionnel de l’AMF. Un choix judicieux qui, au milieu des incertitudes dues au brexit, avait polarisé les intérêts vers la France plutôt que le UK. Côté américain, le gouvernement Trump associait les cryptomonnaies au financement d’activités illégales et, en Asie, la tendance était plutôt à la spéculation  qu’à la production. Bref, la route était presque toute tracée.

Recherche désespérément grand intégrateur qualifié

Pourtant, malgré la vague énorme d’Initial Coin Offering (ICO) de 2018, et le buzz généré autour, il en n’en est rien. Au contraire. Suite à la chute du Bitcoin, qui a perdu 80% de sa valeur, le bilan est même plutôt lourd : seules les startups financées en equity ou déjà ancrées dans le business avec des projets concrets ont survécu. Et elles sont rares. Aujourd’hui, à tout casser, on dénombre 300 emplois directs vivant de ce métier… Nous sommes donc très loin de la « crypto nation » qu’appelait de ses vœux Bruno Lemaire à la Paris Blockchain Week en avril dernier. Mais alors où est-ce que cela coince ? La réponse est assez simple et tient en quelques lignes. Si l’écosystème Blockchain est porté, comme beaucoup de projets DeepTech, par des startups, le besoin, lui, se situe au niveau des grands comptes. Et, au milieu, il n’y a rien… Les grands intégrateurs se sont lancés tard et sont arrivés lors des ICO pour du conseil en fiscalité, délaissant un travail plus profond sur les modèles. Pourtant, pour intégrer la technologie blockchain dans l’organisation de leurs clients, ils devront nécessairement passer par une phase de modélisation au travers de cas d’usage innovants.

L’intelligence collective, l’unique voie de réussite

En attendant, les startups doivent passer, seules, l’épreuve du feu et réussir à sortir des Proof Of Concept (POC) dans lesquelles on les enferme pour déployer leur technologie. Car, dans les faits, la route se révèle très longue, trop longue, pour que ces projets puissent passer à l’échelle. Alors, que faire pour devenir cette “Crypto Nation” ? Tout d’abord, rompre avec un système où les startups créent un service qu’ils ne peuvent pas déployer auprès de grandes entreprises encore trop frileuses. Partant de là, l’unique solution serait de s’inspirer de l’ADN de la blockchain et donc de travailler en intelligence collective et collaborative avec : des startups qui développent des offres innovantes, appuyées en R&D par nos talents universitaires ; des fonds d’investissement “deep tech” qui financent la création de ces offres ; des intégrateurs qui modélisent les offres innovantes, et les conduisent vers les marchés grands comptes (banque, assurance, paiement, supply chain…) ; des grands comptes qui n’ont plus peur d’innover et passer à l’échelle et, enfin, un Etat qui coordonne et dynamise les initiatives avec des appels à projets. Face à cela, et à l’heure où la chaîne de blocs domine le top 10 du classement Linkedin 2020 des compétences techniques les plus demandées, profitons de la présence de tous ces acteurs lors de la prochaine Paris Blockchain Week pour y consacrer un moment fort et trouver, ensemble, une solution.


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