CBDC : Les banques italiennes souhaitent être « moteur » au niveau européen

Innovation située au carrefour entre transformation numérique et stabilité monétaire, la CBDC (Central Bank Digital Currency), fait l’objet de nombreux travaux au niveau européen et international. Parmi les principaux pays moteurs sur le sujet, l’Italie se distingue par la proactivité des banques, via l’Association Bancaire Italienne (Associazione Bancaria Italiana – Abi), ayant récemment lancé une expérimentation sur le sujet.

Innovation découlant des Banques Centrales, la Central Bank Digital Currency (CBDC) est un actif numérique permettant « d’offrir un instrument de paiement parfaitement liquide et sûr, adapté à l’évolution technologique », selon le rapport « Monnaie Digitale de Banque Centrale », publié par la Banque de France en janvier 2020. Etudié au niveau européen, via la Banque Centrale Européenne (BCE), ce sujet n’en reste pas moins central à l’échelle des Etats. Parmi les pays moteurs sur le sujet, la France – la Banque de France ayant souligné dès 2018 les opportunités que susciterait un « euro digital » -, le Royaume-Uni, qui a lancé au printemps 2020 une consultation publique sur une e-livre sterling, ou encore les Pays-Bas, où la Banque Centrale Néerlandaise a appelé à un débat politique national et européen sur le sujet dans le contexte de la crise sanitaire. Mais ce n’est pas tout. En Italie, les banques se sont manifestées dès le printemps dernier comme étant prêtes à travailler de façon opérationnelle sur le sujet. 

Contribuer « activement » au débat public

Et de fait, depuis décembre 2020, les banques, l’Association Bancaire Italienne et l’Abi Lab – centre de recherche et d’innovation de l’Abi – travaillent activement sur le sujet de la CBDC. L’objectif est de contribuer « activement » au débat public et de soutenir les banques opérant en Italie sur ce sujet en valorisant le rôle de ces acteurs auprès de la BCE. 

Autre volonté, plus opérationnelle, démontrer la fiabilité technologique d’un euro digital basé sur la blockchain. Et de fait, rappelons que l’Abi étudie depuis un certain nombre d’années cette technologie, en collaboration avec les acteurs de l’IT et les universitaires. 

Le test organisé par l’Italie repose sur deux axes : infrastructure et modèle de distribution (en vue d’analyser la fiabilité technologique) et programmation (domaine d’application). L’expérimentation est réalisée en collaboration avec l’acteur italien SIA, ainsi que d’autres entités, telles que NTT DataPwc et Reply. A ces travaux opérationnels et technologiques s’ajoute une réelle réflexion de Place au niveau national. Le régulateur Banca d’Italia s’est ainsi exprimé en janvier 2021 pour manifester l’importance de ce sujet au niveau national et européen. Il a également évoqué la pertinence que pourrait avoir la plateforme instant payment TIPS (Target Instant Payment Settlement) lancée par la BCE, dans le cadre des travaux sur la CBDC au niveau européen.

Portée paneuropéenne

Et pour cause, rappelons que parallèlement à ces travaux nationaux s’est déroulée une consultation publique, en Europe, sur l’euro numérique. Lancée en octobre 2020 par la BCE, cette consultation s’est conclue en janvier 2021 et a connu un réel succès avec un record de participation estimé à plus de 8 000 réponses, émanant des citoyens, des entreprises et des organisations professionnelles. Parmi les principales caractéristiques requises pour la CBDC au niveau européen figurent la confidentialité des paiements, la sécurité et la portée paneuropéenne, preuve que ces travaux sur la CBDC font sens dans la poursuite de la construction d’une réelle infrastructure européenne de paiement. N’oublions pas également l’enjeu international que représente cette innovation. 

En janvier 2020, plusieurs banques centrales de différentes régions du monde ont annoncé le lancement de réflexions sur les différents domaines d’application de la CBDC. En outre, le sujet mobilise les régulateurs de différentes zones du monde. En Amérique Latine, par exemple, le régulateur brésilien Banco Central do Brasil a créé en septembre 2020 un groupe de travail sur le sujet. Objectif : étudier les perspectives de cette innovation à l’échelle nationale, notamment dans le cadre des travaux dans le domaine de l’inclusion financière. L’une des questions phare reste ainsi la convergence de ces projets à l’échelle globale, dans un contexte où la crise sanitaire semble donner tout son sens à cette technologie qui se situe au carrefour entre transformation digitale et stabilité monétaire. Néanmoins, plusieurs questions devront être traitées par les acteurs avant cet axe de réflexion international : le cadre réglementaire à mettre en place, le sujet des business models, sans oublier l’implication des différentes parties prenantes de l’écosystème, que ce soit sur la distribution et l’acceptation de cette innovation, mais également sur l’accompagnement des utilisateurs particuliers et entreprises dans cette évolution structurante.


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