Depuis septembre 2019, Christophe Azaïs a pris la direction de la plateforme de crowdfunding française WiSEED. Quatre mois après son arrivée, il nous confie sa vision sur le financement participatif des énergies renouvelables : sa part dans le marché global du crowdfunding, le profil des investisseurs des énergies renouvelables, la démocratisation de la pratique, etc.

Christophe Azaïs, pouvez-vous vous présenter ? 

J’ai travaillé de nombreuses années dans des directions commerciales et marketing, essentiellement dans les nouvelles technologies et dans le financement de l’innovation. Rejoindre WiSEED est un challenge dans un secteur concurrentiel où la tendance est plutôt à la concentration sectorielle. Dans un tel contexte, WiSEED doit rester un acteur multi-spécialiste, qui a une véritable expertise des secteurs sur lesquels il intervient : l’immobilier, le financement des entreprises (startups et PME) ou les énergies renouvelables (ENR). Mes projets ? Ouvrir de fortes perspectives de développement et renforcer la position de WiSEED parmi les leaders européens du financement participatif des entreprises.

christpphe azaïs directeur WiSEED

Les français sont de plus en plus sensibles à une transition énergétique. Les sentez-vous prêts à placer leur argent dans des projets d’énergies renouvelables ?


Le financement participatif des ENR est en très forte croissance : 20 millions d’euros levés en 2017, 39 millions d’euros en 2018, donc une progression de 89%. Il est probable que l’année 2019 confirme cette belle dynamique. Les projets photovoltaïques sont majoritaires avec plus de 65 % des projets financés, suivis par l’éolien à 20%. Les incitations au financement participatif qui font désormais partie des appels d’offre de la CRE (Commission de régulation de l’énergie) ont permis une réelle démocratisation de ces investissements, ainsi qu’une plus forte implication des citoyens.

Quel est le profil type des personnes qui investissent dans ce type de projets ?


Le profil de nos investisseurs ENR ne change pas radicalement des profils d’investisseurs startups ou PME : ce sont des 30-50 ans, qui souhaitent effectivement donner du sens à leur épargne et contribuer à la transition énergétique. Ils sont aussi très curieux et donc en demande d’informations détaillées pour mieux comprendre les technologies et les business models du secteur ENR. La force du financement participatif est d’avoir permis une vraie démocratisation du secteur qui n’est désormais plus réservé à des citoyens militants ou riverains des projets. Tout le monde se sent concerné par la transition énergétique, que l’on vive en milieu urbain ou en zone rurale !

Quel est la part de financement de la transition énergétique provenant du crowdfunding ?

Le financement des projets d’énergie renouvelable représente en 2018 16 % des fonds levés par les plateformes de financement participatif. Dans ce secteur, le crowdfunding a pendant longtemps surtout concerné les projets relevant de la production d’énergie. Chez WiSEED nous avons été pionniers en proposant également un financement en action pour les startups ENR qui innovent, et un financement des projets d’efficacité énergétique (isolation, récupération de chaleur, optimisation des process, relamping, réseaux de chaleur et de froid) : deux types de financement qui seront amenés à se développer à l’avenir.

Comment pensez-vous pouvoir démocratiser cette pratique ? En jouant, par exemple, la carte de l’investissement de proximité et du local ?


Notre communauté de 130 000 investisseurs répartis sur tout le territoire national nous permet effectivement de proposer des projets locaux, auxquels les citoyens sont sensibles. En revanche, axer 100% de notre démarche sur un financement des projets par les riverains serait une erreur. Ouvrir à toutes et tous le financement des projets, c’est la promesse du crowdfunding : il s’agit donc pour nous d’impliquer le plus grand nombre, chacun à hauteur de ses moyens.

Comment fonctionnent les collectes pour les projets d’énergies renouvelables chez Wiseed ? Quels modèles ?


Notre particularité est de proposer une offre élargie et diversifiée de financements pour les acteurs du secteur : le financement en dette pour les projets de production d’énergie ; en action pour les startups qui développent des innovations ou encore des titres participatifs pour les SCOPs (société coopérative et participative). Tous les projets passent tout d’abord par une phase d’audit puis par un comité de validation avant d’être mis en ligne pour financement. Nos capacités de collecte nous permettent d’avoisiner les 100 % de l’objectif recherché. Enfin, je dirais que notre process est rapide : de 3 à 4 mois entre la prise de contact et le versement des fonds.

Comment travaillez-vous avec les autres acteurs de la finance innovante française dans cet objectif ?


De manière générale WiSEED est un acteur intégré de la finance innovante en France et très actif dans le réseau FPF (finance participative France). Pour le secteur des ENR, les collectes WiSEED sont souvent réalisées en complémentarité avec les interventions de l’ADEME, de la BPI, ou de fonds spécialisés. Nous collaborons aussi avec nos confrères. Nous venons de clôturer une collecte commune de 3,5 millions d’euros avec l’un d’entre eux. Il s’agit du projet Black Pellet, une centrale de génération de Biomasse, porté également par le fonds MERIDIAM, La Banque des Territoires et Européenne de biomasse.