Dans un investissement ESG, il ne faut pas oublier le F !

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Les critères d’investissement ESG (Environnement, Social, Gouvernance) sont devenus incontournables. L’environnement y a pris une place centrale. Mais maintenant que l’on passe du discours à la pratique, les enjeux de gouvernance doivent retrouver leur rang. En particulier, la diversité des genres dans l’entreprise forme une clé incontournable de performance.

« Messieurs les administrateurs, je vous prie d’accueillir nos deux nouvelles recrues, deux femmes qui au-delà de leur parcours, vont nous permettre d’assurer la distribution des jetons de présence ». J’étais une de ces deux femmes. Qu’on pardonne ce retour d’expérience qui illustre bien, me semble-t-il, les freins que nous rencontrons encore dans le milieu de la finance. L’égalité femme-homme a toute sa place dans les critères d’investissement ESG, notamment en matière de « G », de gouvernance. Les indicateurs femme-homme sont encore très faiblement intégrés dans les scores et avec une corrélation inférieure à 0,15 d’après Thomson Reuters, ils n’ont pas l’impact souhaitable sur les notes. Mais de nombreuses études ont démontré que la diversité des genres et des politiques volontaristes en matière de promotion de la mixité dans l’entreprise avaient un impact positif sur la performance, tout comme le fait de placer des femmes à des postes-clés.

Comme pour le climat, l’engagement, la politique de l’entreprise en la matière est devenu déterminant dans le choix des investisseurs. L’essor des produits financiers ESG forme sans doute une des plus grandes tendances de ces dernières années. Comment pourrions-nous ne pas être sensibles aux grands enjeux qu’elles représentent ? Investirons-nous demain dans une entreprise qui ne respecteraient pas ces critères ?

Les investisseurs institutionnels indiquent désormais clairement qu’ils désinvestiront les entreprises ou les secteurs non responsables. La pression exercée par le marché de la finance sur les entreprises et leur management concernant l’accès aux capitaux privés ou sur le cours de Bourse à terme, concourt à l’évidence à modifier les comportements.

Un cercle vertueux 

La Bourse pourrait-elle redevenir vertueuse à la faveur de l’ESG ? Nonobstant les sceptiques, l’alignement des intérêts des investisseurs professionnels, des épargnants et de la société permet de créer un cercle vertueux à long terme. Force est de constater qu’en matière d’environnement surtout, les progrès de la sphère privée sont remarquables. Les entreprises du CAC 40 font la course en tête, mais les ETI et les PME ne sont pas en reste. Chacun avec ses moyens, car il faut le rappeler, mettre en place une politique « E » entraîne des coûts supplémentaires et certaines contraintes. À court terme, la promesse d’un rendement supérieur au « nolimit » semble illusoire. Pour ma part, être « E », c’est bien plus la promesse d’une performance éthique que celle d’une sur-performance. Mais le « S » et le « G » ne doivent pas rester sur le bord du chemin : ce sont dans ces deux dimensions que se trouvent les vrais leviers de surperformance.

Pour l’environnement, il aura fallu un engagement politique fort pour donner le ton et soutenir des initiatives anciennes comme le MSCI Low Carbon index en 2014. J’estime que cet engagement ne s’est matérialisé vraiment que lors de la COP21 en 2015, quand la France a embarqué pour la première fois le monde industriel aux côtés des gouvernements, entraînant avec elle le reste du monde. En matière de « S » et de « G », les décisions politiques accéléreront probablement la transformation nécessaire. Depuis 2020, l’obligation de publier l’index sur l’égalité femme-homme a été étendue à toutes les entreprises de plus de 50 salariés. Au-delà d’une histoire de genre, c’est un sujet de justice sociale, d’égalité des chances et d’inclusion qui se joue dans notre capacité à intégrer avec de l’impact ces critères dans les notations.

Cette approche vertueuse doit maintenant être éprouvée par les faits et les impacts. Évaluer de façon simpliste sur des grilles des environnements et des corporations privées complexes serait l’échec assuré. Sans doute, des initiatives comme celle de l’AFG sur les dix critères applicables aux SGP pour la finance durable seront encore nécessaires. Sans doute, la nécessité d’associer le secteur privé, la finance et l’administration pour établir une vraie norme commune, intelligible et évolutive, sera la prochaine étape. En attendant, le cercle vertueux n’est plus à démontrer pour les conseillers et les épargnants. Toute entreprise demain devra être éthique ou ne pas être. 

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