FinTech : quelles sont les principales tendances d’innovation ?

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Pour la première fois, HUB612, en partenariat avec Kleinblue, sort un panorama et une étude dédiée à l’écosystème FinTech et InsureTech en région Auvergne Rhône-Alpes. Dans le cadre de cette étude, Pauline Raud, a rencontré une dizaine d’acteurs clés (corporates et startups) du territoire. Ensemble, ils ont échangé sur les tendances d’innovation clés et les principaux enjeux auxquels ils font face. Elle revient dans cette tribune sur les enseignements majeurs de cette étude. 

La première partie de l’étude KleinBlue & HUB612 liste et classe les 75 startups FinTech InsureTech identifiées en Auvergne Rhône-Alpes et détaille l’évolution du montant des levées de fonds de la FinTech en région. En 2020, les startups régionales du secteur ont levé 19,7 millions d’euros contre 24,6 millions d’euros en 2019. À noter que Agicap a levé 15 millions d’euros en mai 2020. La levée de fonds opérée par la startup lyonnaise qui édite une plate-forme SaaS de gestion automatisée de la trésorerie des TPE et PME représente donc à elle-seule les trois quarts du montant total levé en région ! 

Les projets plus jeunes en amorçage attirent des financements

Les autres levées de fonds ont été essentiellement opérées en seed, comme l’explique Sylvain Brissot, directeur adjoint du HUB612 : “Il n’y a rien de surprenant. La plupart des FinTech régionales réalisent leur premier tour de table en seed. Cette année, nous avons de notre côté réalisé 4 investissements en seed via notre véhicule d’investissement HUB612 Participations”. Avec 15 investissements réalisés ces trois dernières années, HUB612 ainsi s’impose comme l’un des fonds de capital risque les plus actifs de la région AURA. Cette tendance traduit une dynamique positive du marché, à la fois dans l’accompagnement de projets matures mais aussi à l’écoute de projets plus jeunes. 

La seconde partie de l’étude analyse les tendances d’innovation et les enjeux du secteur FinTech. Pour ce faire, 7 acteurs clés de l’écosystème ont été interviewés. Individuellement, nous leur avons laissé le temps de s’exprimer en détail sur ces sujets. 

Transformation numérique et DATA

La digitalisation des services financiers est sans surprise une des principales tendances de fond qui ressort de cette étude. Frédéric Chalancon, Responsable Epargne au Crédit Agricole Centre Est, contextualise : “La situation depuis le début de la pandémie nous oblige à modifier fortement nos pratiques de banque de réseau. La digitalisation des comportements de nos clients a sur certains parcours client explosé : 75% des PGE ont été souscrits à distance et le développement de la signature électronique permet la contractualisation à distance de l’assurance vie.” 

La nécessaire transformation numérique des services bancaires et financiers entraîne dans son sillon les questions gravitant autour de la DATA. Pour Frédéric Chalancon, Responsable Epargne au Crédit Agricole Centre Est, “le second défi est lié à la transformation informatique interne et en particulier l’ingénierie autour de la DATA et son exploitation. La DATA est bien une priorité pour les entreprises mais son exploitation doit être flexibilisée à la demande des différents profils et des métiers.” Même son de cloche à la Caisse d’Epargne Rhône Alpes. “Une banque c’est une raffinerie de données” introduit Frédéric Lacombe pour expliquer pourquoi la Caisse d’Epargne Rhône Alpes investit autant autour des sujets DATA, avec notamment, le recrutement de DATA Analysts, de DATA Scientists et de DATA Managers. “Leurs expertises sont essentielles car transversales : ils sont amenés à travailler avec tous les métiers de la banque” ajoute-il. 

DSP2, openbanking et exploitation des données

Pour Sébastien Beyet, CEO d’Agicap, la gestion de la DATA est liée à une autre tendance forte au sein du monde de la FinTech, celle permise par une nouveauté réglementaire : l’entrée en vigueur du dispositif DSP2 en septembre 2019. La directive DSP2 contribue en effet à la mutation en profondeur du secteur bancaire en stimulant notamment la concurrence et l’innovation et donc l’arrivée de nouveaux acteurs. Le dispositif incite les banques à ouvrir leurs systèmes d’information et à partager avec leurs concurrents une partie de leurs données. Autrement dit, les banques traditionnelles responsables jusqu’alors de la tenue de compte, sont avec DSP2 “forcées” d’ouvrir l’accès aux informations de compte par le biais d’APIs. C’est la révolution Open Banking… révolution qui n’est pas pour déplaire aux dirigeants de certaines FinTech lyonnaises. Pour Sébastien Beyet, le dispositif DSP2 est une innovation de rupture car il ouvre le champ des possibles : “C’est une vraie porte d’entrée pour Agicap qui développe un outil de gestion et de prévision de trésorerie pour les entreprises. Grâce au DSP2 nous accédons en temps réel à l’ensemble des informations des entreprises, ce qui nous ouvre de nombreuses opportunités” détaille le dirigeant. Pour Agicap, le défi technologique qui consiste à traiter un grand nombre de données en temps réel émane donc d’une l’innovation avant tout réglementaire.

Technologies et finance : du gaming à l’embedded finance

Les enjeux liés aux innovations technologiques ont clairement été au cœur des échanges menés avec les dirigeants de startups et d’organisations corporates de la région Auvergne Rhône Alpes. Ainsi Guillaume Alabergere, correspondant startups à la Banque de France basé à Lyon, nous a confié que l’intégration des technologies innovantes au sein de leurs métiers, notamment l’IA, était un des axes du prochain plan stratégique de la Banque de France à 4 ans. Frédéric Lacombe Digital Champion à la Caisse d’Epargne Rhône Alpes, après avoir insisté sur les enjeux de la DATA n’a pas manqué de souligner les autres tendances d’innovation qui seront, dans les années à venir, centrales pour le monde bancaire en évoquant celles liées au Gaming et à la Réalité Virtuelle : “ces deux technologies nous ouvrent des horizons énormes. Imaginez par exemple à quel point l’appropriation de la connaissance peut être boostée par la gamification ! Ou à quoi ressemblera un projet d’investissement immobilier avec la réalité virtuelle”.

Côme Fouques, CEO de la scaleup lyonnaise Georges.tech a, quant à lui, souligné les enjeux gravitant autour des technologies liées à l’embedded finance.“Demain toutes les entreprises pourront être des fintech. Il leur suffira d’embarquer en marque blanche des briques de produits financiers développées par d’autres fintechs. C’est une lame de fond qu’on appelle désormais embedded finance et qui va jouer un rôle croissant dans les années à venir” a-t-il expliqué. 

Future of Work et Human Centric

Au-delà des aspects technologiques, la dimension humaine a été évoquée à plusieurs reprises lors des entretiens. Guillaume Alabergere, correspondant lyonnais à la Banque de France, souligne par exemple que les tendances Future Of Work et la volonté d’améliorer les façons de travailler au sein de la banque de France sont au cœur de leur plan stratégique. Pour Frédéric Chalancon, Responsable Epargne au Crédit Agricole Centre Est, l’authenticité, la sincérité et la dimension humaine sont essentielles pour maintenir un climat de confiance avec les clients. “ll faut plus que jamais continuer à assembler l’humain et le digital”, assure-t-il. 

Cette primauté accordée à l’humain et aux valeurs s’entend également dans le discours de Xavier Rouhaud, le cofondateur de la startup Swikly qui a levé 1,5 million d’euros en avril 2019 : “Lors de notre levée de fonds, nous avons fait le choix de nous rapprocher d’acteurs régionaux (ndlr Evolem et Caisse d’Epargne Rhône Alpes). Leurs valeurs et leur positionnement correspondait à l’ADN de Swikly, ce qui n’était pas toujours le cas des investisseurs parisiens.” raconte-il.

La nécessité d’entretenir ces liens humains s’impose comme une tendance forte et définit même l’écosystème FinTech régional pour certains. A l’image de Guillaume Alabergere, pour qui l’écosystème financier lyonnais est un terreau propice au développement des entreprises FinTech. Pour lui, Lyon est “un des réseaux financiers les plus actifs de France”  et les jeunes pousses FinTech ont la chance de pouvoir s’appuyer sur les acteurs traditionnels de la place lyonnaise et s’inspirer des entreprises du secteur déjà structurées, comme Agicap ou Georges.tech. Cette force des réseaux, cette puissance des regards croisés, s’incarne également dans les relations nouées entre les acteurs mêmes de cet écosystème. Frédéric Chalancon souligne ainsi à quel point l’écosystème FinTech en région AURA est actif et ouvert. “Le fait même que Le HUB612, structure d’accompagnement de La Caisse d’Epargne Rhône Alpes à l’initiative de cette étude, échange avec Le crédit Agricole témoigne de cette ouverture bienveillante entre les acteurs clés de l’écosystème” sourit-il.

Reste à espérer que cette proximité entre tous les acteurs FinTech régionaux serve le développement économique des entreprises du territoire. “Nous devons nous rassembler autour d’une seule et même question : comment accompagner collectivement le tissu local de TPE PME dans leur transformation digitale ?” conclut le Responsable Epargne au Crédit Agricole Centre Est.

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