Déconstruire les idées reçues autour des blockchains ? C’est la mission que s’est fixé Gonzague Grandval, co-fondateur de Paymium dans une interview à FinTech Mag. Il nous y parle de sécurité, de confiance, de décentralisation et de l’avenir que nous pourrons construire tout autour de cette technologie.

Gonzague Grandval, co-fondateur et CEO de Paymium

Paymium, en quelques mots ?

C’est principalement une place de marché bitcoin, une bourse sur laquelle des clients particuliers et professionnels peuvent venir vendre et acheter des bitcoins.

Nous y retrouvons également un outil d’acquisition des paiements pour le compte de marchands ; ceux-ci peuvent ainsi accepter des paiements en bitcoins, et nous leur remettons des euros en échange afin de ne pas les confronter aux risques de change du bitcoin. On travaille principalement avec Showroomprive.com et Isilines, une ligne de bus française.

Au-delà du paiement et de la monnaie bitcoin, qui est le cœur de notre activité, Paymium travaille également sur d’autres applications de la blockchain bitcoin, comme son utilisation à des fins de certification. C’est un registre extrêmement sécurisé dans lequel on peut enregistrer les transactions, qui peuvent être la base la certification de documents, de processus. Alors, on a beaucoup parlé à un moment de cadastre. Pour notre part chez Paymium, nous avons fait des applications de certification : des diplômes qui sont donc émis, en tout cas, signés et émis sur la blockchain, et consultables par tous de façon à garantir la véracité du diplôme.

Comment définiriez-vous la blockchain ?

Alors, la blockchain, ce n’est rien. Il faut qualifier la blockchain car il y a plusieurs : il faut donc lui donner un nom. Aujourd’hui, on connait bien la blockchain bitcoin, on connait aussi la blockchain Ethereum, mais il existe des centaines d’autres blockchains ! Chacune a un nom et des caractéristiques très précises de fonctionnement.

La blockchain la plus connue, c’est la blockchain bitcoin. Elle fonctionne selon trois grands principes, c’est :

  • un réseau de transaction peer-to-peer
  • un registre de transaction décentralisé
  • une unité de compte : le bitcoin dont les transactions sont enregistrées dans la blockchain et qui servent d’incitatifs aux opérateurs du réseau pour en assurer le fonctionnement et la sécurité.

Si on supprime l’incitatif bitcoin de la blockchain bitcoin, il n’y a plus aucune incitation à ce que la communauté travaille à la sécurisation de ce système. Et, c’est ce qui fait aujourd’hui que l’effet réseau est tel que la blockchain bitcoin est le registre, le système le plus sécurisé au monde.

Pourriez-vous citer quelques applications concrètes de la blockchain bitcoin ?

La première application concrète de la blockchain bitcoin, c’est la monnaie. C’est quelque chose de difficile à expliquer aujourd’hui, puisqu’on est très ancré dans des dogmes monétaires ou bancaires tels qu’on ne cherche pas à comprendre leurs fonctionnements. Mais la première application de bitcoin, c’est d’avoir créé une monnaie universelle et complètement libre qui n’est pas régie par des États ou par des banques, mais qui est régie par des mathématiques. Et ça, c’est une première révolution apportée par la blockchain bitcoin. C’est d’avoir amené sur le marché aujourd’hui, un nouvel objet numérique étrange qui peut être considéré comme une monnaie universelle.

Dans un second temps, parmi les applications de la blockchain bitcoin en particulier, il y à l’internet des objets : on peut penser que les échanges de bitcoins peuvent-être créés de façon spécifique aux objets connectés et leur permettront de se payer, et d’assurer eux-mêmes leur modèle économique.

Si on va un petit peu plus loin, d’ailleurs, et qu’on prend l’exemple de la blockchain Ethereum qui veut décentraliser internet, on pourrait imaginer que les objets connectés auront eux-mêmes leur logiciel qui tournera de façon décentralisée et qui assurera à lui tout seul le modèle économique d’un parc d’objets connectés.

Complètement autonomes, indépendants, ils se financeront tout seuls, et se feront payer leur prestation. Chacun pourrait alors installer un capteur météo chez lui, et se ferait rémunérer pour les données qui seraient issues de son capteur. Si moi, j’ai des terrains partout en France, et que justement, des chaines météo ou n’importe qui veut acheter de la donnée, et bien mes objets connectés pourront vendre automatiquement leurs données météo à ce tiers qui cherche de la data privée.

Parlons un peu de décentralisation …

Aujourd’hui, nous arrivons à la fin d’une ère où on a beaucoup parlé d’ubérisation. Mais l’ubérisation, c’est le fait d’abattre des monopoles, mais aussi d’en créer d’autres en centralisant le pouvoir sur un Airbnb, un Uber qui sont vraiment des capteurs de données mais qui concentrent l’ensemble des richesses.

Faire tourner ses services de façon décentralisée, c’est ce que peuvent apporter les blockchains Bitcoin, Ethereum, et les autres. C’est-à-dire que le tiers de confiance que représenterait un Uber, un Airbnb ou un Amazon peut être décentralisé.

Il existe aujourd’hui, par exemple, une place de marché décentralisé qui s’appelle OpenBazaar. Donc, c’est Amazon sans Amazon. N’importe qui peut vendre des produits sans que ce soit figé dans une entité centrale comme Amazon.

Peut-on considérer que les blockchains sont réellement sécurisées ?

On parle beaucoup du hack de la DAO, en remettant en cause la sécurité des blockchains. Pourtant, pour pouvoir parler de sécurité, il faut avant tout distinguer le fonctionnement des différentes blockchains.

Avant de parler de DAO, parlons de Bitcoin. Bitcoin est souvent attaqué sur le fait que des hacks sont commis et que des plateformes ou des utilisateurs perdent beaucoup d’argent. Les derniers hacks font état de dizaines de millions de dollars qui ont été volés. Ces piratages mettent en lumière la fragilité des acteurs qui opèrent des services sur la blockchain bitcoin, en revanche, ne remettent pas en question la sécurité du protocole et la technologie bitcoin.

Le protocole bitcoin est selon l’avis général, extrêmement sur. Il est quasiment inattaquable, en revanche, dès qu’on sort du réseau, et qu’on a affaire à des machines ou à des humains qui font traiter les fameuses clés privées qui gèrent les transactions bitcoin, là, on est en face de risques. Et aujourd’hui, nous n’avons pas encore la pleine mesure des moyens à mettre en œuvre pour assurer la sécurité des utilisateurs face à ces risques.

DAO, c’est un autre système. En tout cas, la blockchain Ethereum fait tourner des applications sur des machines virtuelles décentralisées, et donc complètement autonomes. Ce qui s’est passé, c’est que l’application qui avait été développée pour gérer le fameux fonds DAO comportait des bugs, et le bug a été exploité par un pirate. C’est juste une exploitation logique d’un logiciel, mais qui a entrainé une perte potentielle pour les utilisateurs. Il a donc été décidé de procéder à un fork, c’est-à-dire à une nouvelle version du logiciel pour repartir sur de bonnes bases, et essayer d’effacer le piratage. Mais, la conséquence finale de ce piratage a été la création de deux chaines Ethereum, une qui est restée sur l’ancienne voie piratée, et une nouvelle qui a remodelé la blockchain pour protéger la faille d’un nouveau piratage.

Donc, on voit que la sécurité, ce n’est pas quelque chose de simple, qu’elle est différente selon les blockchains. On ne peut pas faire état d’une sécurité des blockchains ou de la blockchain, ça ne veut pas dire grand-chose. Il faut parler spécifiquement de chacun des risques des blockchains, et ils sont tous différents.

La question du stockage et des données enregistrées dans une blockchain, c’est un demi-problème. Aujourd’hui, on a des capacités de stockage qui sont énormes ainsi que des solutions techniques pour que le stockage soit diminué. On peut décider à un moment de couper la blockchain et de recommencer à partir d’une date précise en considérant comme acquis que les années précédentes ne sont plus intégrées dans la blockchain active, mais sont une donnée garantie inviolée et historique.

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