Post-covid19 : quel impact pour les fintechs ?

Le monde vit une crise historique depuis déjà quelques mois. Le « lockdown » a été appliqué dans de nombreux pays, et l’on est progressivement passé d’une crise sanitaire, à une crise économique, financière, puis sociale.

De nombreuses entreprises ont dû cesser toutes activités. Cela les mettant en situation critique et presque au bord de la faillite. Ainsi, beaucoup d’organisations ont été contraintes de s’ajuster, de s’adapter au risque de mourir.  Beaucoup d’industrie et de secteurs sont pour ainsi dire en pleine mutation pour le meilleur comme pour le pire. Si l’économie numérique fait partie des grands secteurs ayant connus une croissance particulière du fait de l’adoption des solutions digitales qui permettent une continuité des activités tant éducatives, médicales ou business , qu’en est-il des fintechs en particulier ? Quels impacts sur elles et comment réagissent-elles ?  Je vous propose que nous fassions ensemble un tour d’horizon de quelques sous-secteurs: les paiements,  en les cagnottes en ligne en passant par les plateformes de crédit alternatifs.

Les solutions de paiement :

Selon moi c’est sans aucun doute l’un des grands gagnants des catégories fintechs qui en retirent une opportunité réelle. Si en France par exemple selon le Groupement des cartes bancaires l’on note une baisse de 15% des paiements par carte bancaire sur pratiquement toute la dernière quinzaine du mois de mars, cela peut être mis sur le compte des nombreuses cessations temporaires d’activités de certains sites de E-commerce. Quoi qu’il en soit avec le risque de transmission, certes faible (selon l’organisation mondiale de la santé), mais possible du COVID 19 via les espèces (billets et les pièces de monnaie), de nombreux pays comme les Etats Unis et la Chine ont pris des mesures adéquates et encouragent les paiements mobiles, en ligne ou sans contact. En chine par exemple, en février les banques auraient désinfecté les espèces avec des ultraviolets pour limiter la propagation du virus. Toutefois, c’est en Afrique que le constat est plus frappant. Des banques centrales et des associations de groupement bancaires ont pris des mesures afin d’encourager les paiements électroniques. Le 15 avril 2020, La Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) annonçait l’effectivité de l’interopérabilité intégrale des paiements électroniques via les cartes bancaires, les téléphones mobiles et les autres instruments de paiement électronique. Au Cameroun et dans d’autres pays Africains des opérateurs de paiements mobile tels que Orange Money SA et MTN mobile money annonçaient ainsi la suppression des frais de transfert comme contribution à la lutte contre le Covid 19. 

CEO MTN Ouganda

L’idée étant que cette suppression de frais de transferts faciliterait l’adoption de l’usage des paiements mobiles et non des espèces. Notons que les mêmes mesures ont été prises au Kenya avec l’opérateur de télécommunications Safaricom ou toutes les transactions de moins de 1000 shillings Kenyan seraient sans frais depuis le 17 mars pour une durée de 90 jours. Si globalement  tout semble être au vert pour les solutions de paiements électroniques, avec une augmentation de leur adoption, qu’en est-il des solutions de gestion de prêts alternatifs dans un contexte de crise affectant l’activité de plusieurs millions d’entreprises au monde ?

Les solutions de crédits alternatifs (lending platform)

Il s’agit ici des sociétés de technologies financières qui développent et proposent des solutions de crédit pour particuliers ou pour TPEs et PMEs en ligne et diffèrent de celles des banques. En général avec un modèle reposant sur l’intelligence artificiel, du big data ou des systèmes de « credit score » innovants. Dans le secteur bancaire classique, la tendance est à l’incertitude et aux mesures de gestion de risques de défaut de paiement des échéances de crédit. Des plans de soutien direct ou indirect à destination des PME, TPE et personnes touchées sont mis en place dans de nombreux pays en France, aux USA et en Afrique (report d’échéances, annulation des pénalités, accélération des procédures de crédit, etc.). Le constat est mitigé, mais c’est un peu l’aubaine pour certaines fintechs qui ont su se présenter comme l’alternative de financement disponible pour des TPE ou PME en cette période de covid 19. Même si ces fintechs ont dû elles aussi, et à raison, mettre en place des mesures afin de mitiger le risque de défaut de paiement. Pour exemple, la plateforme de prêt en ligne “Lending Club” a dû retirer les prêts risqués, hausser ses taux d’intérêts et déployer un plan baptisé “skip and pay” pour différer les paiements de ses clients impactés par le covid 19. 

LendingClub-Centre ressource

La plupart des banques sont en arrêt de nouveaux traitements de dossiers de crédit. Seulement, ici également, dans certains pays comme au Royaume Unis par exemple cela nécessitait d’avoir un agrément ou une autorisation spéciale pour participer au dispositif de financement secours. Il y a quelques semaines seulement deux fintechs recevaient leur agrément de la “British Business Bank” pour le  “Coronavirus Business Interruption Loan Scheme“ (CBILS). Pour information le CBILS est une mesure temporaire dont le but est de permettre aux PMEs anglaises d’accéder aux crédits bancaires, découverts, affacturage et autres durant la période de pandémie covid 19, selon des critères bien définis. Quoiqu’il en soit cela reste une opportunité pour des fintechs proposant des solutions  de crédits alternatifs parce que beaucoup d’entreprises ont dû opter pour ces modes de solutions alternatives en ligne et pourront bien y rester fidèles même après cette pandémie. C’est une possibilité comme l’affirme Jamie Steward CEO de “Think Business Loans” : “Beaucoup de grandes entreprises n’avaient jamais cherché de solutions de financement en ligne. Ainsi, cette crise a ouvert les yeux de ces clients aux solutions alternatives de financement. C’est une opportunité donnée pour les fintechs de competir avec les banques.”

A côté de ces mesures prescrites par les Etats pour faire face à cette pandémie, je note les initiatives résultant du fort élan de solidarité et de générosité qui s’est manifesté par les initiatives de pot commun ou cagnotte en ligne. 

Les cagnottes en ligne :

 Pour rappel, les cagnottes en ligne sont des sites spécialisés en ligne faisant office de pots commun dans lesquels des personnes peuvent y mettre de l’argent pour soutenir une cause ou un projet. Elles permettent donc à une personne, un groupe de personnes ou une association de pouvoir collecter plus facilement de l’argent pour un but précis. Il peut s’agir d’apporter un soutien financier pour une cause sociale, écologique ou pour avoir un élan de cœur en contribuant au mariage d’un proche. Le constat est que la situation de crise actuelle en a fait un outil de manifestation de solidarité notamment avec plusieurs milliers de cagnottes en ligne liées au Coronavirus seulement en France.

 Image cagnotte leetchi covid 19

Toutefois, cela ne va pas sans risque. Le revers de cette fulgurante adoption est le risque élevé d’arnaques et de détournement de fonds. En tant qu’entrepreneur fintech, je peux affirmer que la confiance et la sécurité constituent les principaux actifs intangibles du modèle que l’on bâtit. Ainsi naturellement, il s’en est suivi comme réaction de la part de ses acteurs, une multiplication de campagnes de sensibilisation et d’informations. Afin de permettre aux donateurs d’identifier les cagnottes authentiques des arnaques toutes faites. Comme vous pouvez le constater avec cette page d’information de Gofundme. On peut y lire un déroulé de la démarche à suivre avant de contribuer à une cagnotte. Des questions critiques à se poser : quel lien existe-t-il entre l’initiateur du projet et le bénéficiaire ? Quel est le but de la campagne ? Des amis ou de la famille sont-ils donateurs ? Ou même pourquoi la campagne de collecte se poursuit elle-même lorsque l’objectif est atteint ? D’autres acteurs ont  mis en place des processus internes afin distinguer clairement le bon grain de l’ivraie. C’est ainsi que du côté de Leetchi par exemple, des vérifications s’effectuent tout au long du processus. De la création au retrait des fonds avec l’exigence de présentation de documents justificatifs tels que: une pièce d’identité, le RIB de l’organisation bénéficiaire sous réserve de validation bancaire, et d’autres éléments pertinents qui permettent de s’assurer de l’authenticité du projet et de son initiateur.

En somme, de tout cela il ressort que cette période de crise liée au covid 19 est une période inédite qui a un réel impact sur l’activité de beaucoup de fintechs.  Qu’il s’agisse des fintechs développant et proposant des solutions de paiement, de crédits alternatifs, des cagnottes en ligne ou même de gestion de finance personnelle comme les “robots advisors” (appelant à ne pas céder aux émotions dans la gestion de son portefeuille d’investissement). Pour certaines il s’agit de réelle opportunité : Comme c’est le cas avec bon nombre de start ups dans le domaine des paiements, des crédits alternatifs ou les cagnottes en ligne. Elles ont vu leur activité croître nettement. Soit du fait de mesures étatiques encourageant le paiement mobile et sans contact afin de réduire la propagation du coronavirus, soit du fait de la hausse de la demande en financement de TPE et PME en latence face aux acteurs traditionnels que sont les banques, ou en raison du fort élan de solidarité. Elan de solidarité qui amène un bon nombre de personnes à initier et/ou participer à des cagnottes en ligne en soutien à des initiatives et projets de lutte contre cette pandémie. Même si cela vient avec son lot de risque ; fraude et arnaque. 

Dans tous les cas, tout risque vient avec son équivalent en opportunité. Je me souviens d’ailleurs que le mot « crise » en Japonais est composé de deux caractères. Le premier caractère signifie « danger » et le second signifie « chance », « opportunité ». Je préfère toujours m’en tenir à « opportunité ». C’est donc l’opportunité de se remettre en question. L’opportunité d’innover. L’opportunité de questionner son modèle, ses valeurs propres, et en relation avec notre environnement. Quelle technologie financière souhaitons-nous développer ? Comment pouvons-nous utiliser la technologie pour réellement construire des produits qui ne se résument pas qu’à une croissance basée sur des gains ou bonus de parrainage mais sur une valeur réelle apportée à nos utilisateurs ou membre de notre communauté ? Quelle valeur réelle peut apporter la finance dans la construction d’un modèle financier vrai et inclusif post covid 19 ?


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