Retombées du FinCEN : et maintenant, que faire ?

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A la fin de l’été dernier, une enquête conduite par le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ) impliquant 108 médias dans le monde a révélé qu’entre 2000 et 2017 des montants considérables (on parle de 1,8 milliard d’euros) de transactions suspectes susceptibles de relever du blanchiment d’argent ont transité dans quelques-unes des plus grandes banques internationales sans déclencher d’enquêtes.

Les fuites de fichiers du FinCEN (Financial Crimes Enforcement Network) ont choqué le monde entier lorsqu’elles ont été révélées par les médias mondiaux à la fin du mois de septembre.  Elles ont provoqué contre les banques de nombreuses attaques leur reprochant d’avoir pu laisser perdurer des actes répréhensibles à si grande échelle aussi longtemps, avec si peu de répercussions pour les individus concernés. Toutefois, une question plus appropriée, telle que présentée dans un article du journal britannique The Guardian (1), consisterait à se demander si le régime de conformité AML lui-même est adapté à son objectif, étant donné les insuffisances opérationnelles majeures mises en évidence par les fuites. Dans ce contexte, faudrait-il désormais que la détection des crimes financiers aille au-delà du simple respect de la conformité ?

Les professionnels travaillant sur la conformité se plaignent depuis des années que leurs outils de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) sont insuffisants pour détecter des crimes financiers qui sont de plus en plus sophistiqués. Le secteur doit donc s’attacher davantage à doter ces professionnels hautement qualifiés de la technologie dont ils ont besoin, non seulement pour assurer la conformité, mais aussi pour aller au-delà (et avoir un impact réel sur la criminalité financière).

Un défi pour l’industrie

Bien que les fuites couvrent moins de 0,2 % des 12 millions de rapports d’activités suspectes (SAR) déposés auprès du FinCEN au cours de la période 1999-2017, elles révèlent tout de même des informations utiles. Mais ce ne sont pas les informations publiées dans la plupart des grands médias, qui semblent mal comprendre le rôle du SAR dans la lutte contre le blanchiment d’argent. 

Comme le souligne l’article susmentionné sur les fuites, nous pouvons dire que :

– Plusieurs cas de SAR liés aux mêmes entités ont été enregistrés par les mêmes banques sur une période de plusieurs années, sans qu’aucune mesure ne fut prise

– La taille et le cloisonnement de nombreuses grandes institutions financières sont tels que les suspects de blanchiment de capitaux peuvent être signalés par une équipe mais non suivis par une autre

– La collaboration entre les banques et les régulateurs n’est pas ce qu’elle devrait être. Trop souvent, les banques sont condamnées à des amendes pour leurs erreurs, ce qui ne crée pas le bon sentiment de partenariat industriel nécessaire pour lutter contre le blanchiment d’argent

Quels outils ?

Qu’est-ce que cela nous apprend ? Il est certain qu’un grand nombre des problèmes mis en évidence se résument à des défis institutionnels du type de ceux qui ont été révélés dans un récent rapport de BAE Systems suite à une enquête sur la lutte contre le blanchiment d’argent (2). Dans ce rapport, les professionnels de la lutte contre le blanchiment d’argent se sont plaints du fait que trop peu de déclarations de soupçons aboutissent à la justice, que la coopération internationale au sein du secteur fait toujours défaut et que les mesures spécifiées par les autorités de régulation sont souvent mal adaptées aux aspects pratiques de la capture des criminels.

Cependant, la question des outils pose également un problème évident. Quelque 81 % des personnes interrogées dans le cadre de cette étude ont révélé qu’elles étaient préoccupées par le fait que le blanchiment d’argent continue, un grand nombre d’entre elles soulignant l’obsolescence de la technologie (32 %), la difficulté à mesurer la fréquence du blanchiment d’argent (34 %) et le fait que les utilisateurs étaient submergés par les alertes (34 %).

C’est là que les systèmes basés sur le cloud et alimentés par l’Intelligence Artificielle peuvent apporter une réelle valeur ajoutée aux équipes de lutte contre le blanchiment d’argent. De telles plateformes nécessitent généralement de faibles dépenses d’investissement et aucun coût de gestion du matériel. De nouvelles fonctionnalités peuvent être y activées de manière transparente pour améliorer la capacité des équipes de conformité dans leurs efforts pour extraire des informations exploitables à partir des données.

Ces capacités de lutte contre les données comprennent :

L’identification des entités : Des analyses avancées permettent d’explorer de multiples sources de données, de résoudre les différences d’orthographe, d’abréviations et autres incohérences et erreurs afin de fournir un enregistrement consolidé et unifié pour les personnes et les entités. 

Cela permet aux banques d’identifier avec précision les entités même lorsqu’elles manipulent délibérément leur identité et/ou leurs coordonnées. Elles peuvent alerter de manière proactive les équipes sur des comportements et des interactions à risque qui, autrement, passeraient inaperçus.

Analyse de réseau : Elle peut être utilisée pour découvrir rapidement des connexions réelles sur de grands volumes de données financières apparemment sans lien entre elles, ce qui renforce considérablement les efforts d’enquête.

Au-delà de la conformité

Plus des deux cinquièmes (43 %) des institutions financières ont dit au travers de cette enquête qu’elles souhaitent obtenir et ont besoin d’une meilleure technologie pour lutter contre le blanchiment d’argent au cours des cinq prochaines années. De plus en plus, non seulement les autorités de réglementation, mais aussi les clients, réclament ces améliorations. Le souci n’est donc pas simplement de se conformer aux réglementations en vigueur, mais d’aller au-delà en ayant un véritable impact sur la criminalité financière, pour le bien de la société.

Des solutions technologiques disponibles sur le marché permettent de résoudre non seulement les problèmes de conformité et de réglementation, ce qui est un fait acquis, mais aussi le principal défi mis en évidence par les fuites du FinCEN : les faibles taux de détection des crimes financiers. Ces solutions permettent aux équipes de lutte contre le blanchiment d’argent de devenir plus proactives en utilisant des analyses basées sur l’intelligence artificielle et des notations basées sur les risques pour offrir une visibilité à 360 degrés aux clients et découvrir de nouvelles pistes.

Les fonctionnalités offertes par ces solutions peuvent aider à :

– Alerter les banques pour qu’elles interceptent ou enquêtent sur les personnes faisant l’objet de multiples signalements ;

– Briser les cloisonnements organisationnels en offrant une vue unique de chaque client ; 

– Offrir des données détaillées sur les risques clients afin de les partager avec les régulateurs, ce qui permet d’améliorer la collaboration.

(1)Article paru dans The Guardian le 20.09.2020
Leak reveals $2tn of possibly corrupt US financial activity | US crime | The Guardian

(2)Voir Communiqué de Presse de BAE Systems

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