“Nous levons 100 M$ pour aider les PME européennes à mieux gérer leur trésorerie” Clément Mauguet, Agicap

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Un an tout juste après une Série A de 15 millions d’euros, Agicap annonce une levée de fonds de 100 millions de dollars auprès du fonds américain Greenoaks Capital et des investisseurs historiques BlackFin & Partech, pour partir à la conquête de l’Europe. Rencontre avec Clément Mauguet, l’un des trois co-fondateurs de l’étoile montante de la fintech française.

Finance Mag. Comment passe-t-on, en moins de deux ans, d’une startup de 10 personnes implantée à Lyon à une entreprise présente dans cinq pays européens ?

Clément Mauguet. Cette année a dépassé nos espérances en matière de croissance. A l’origine, nous devions tester l’appétence internationale pour notre solution en nous déployant dans un seul pays étranger. Aujourd’hui, nous sommes présents dans cinq pays européens et notre chiffre d’affaires réalisé en dehors de la France représente plus de 50% de nos nouveaux revenus. Avec Agicap, nous voulons construire un géant de la Tech européenne, voire mondiale. Nous nous sommes en effet aperçus que notre solution résolvait un problème universel : la gestion de trésorerie pour les PME. Il va sans dire qu’une telle ambition nécessite des moyens importants.

FM. Comment s’est déroulée, dans les faits, votre expansion internationale ?

CM. Nous nous sommes d’abord déployés en Allemagne, en août 2020. A l’époque, ce pays était perçu comme une forteresse si bien que de nombreuses personnes prédisaient l’échec de notre implantation germanique. Aujourd’hui, nous avons un bureau de 30 employés à Berlin, dont l’activité représente 40% de nos nouveaux revenus mensuels. En début d’année, nous avons ouvert un bureau en Espagne, où l’on a recruté des profils essentiellement natifs. Notre conviction est que sur un sujet potentiellement source de stress comme la gestion de la trésorerie, il est important d’avoir une présence locale forte. En découle le besoin de recruter massivement sur chaque territoire que nous ouvrons, afin de nous donner les moyens de bâtir une relation de proximité importante avec les entrepreneurs locaux et d’adapter notre logiciel aux spécificités de chaque pays. Dans la continuité de l’Allemagne et l’Espagne, nous avons ouvert des bureaux en Hollande et en Italie au premier semestre 2021, et prévoyons de nous déployer dans les pays nordiques, la Pologne et le Benelux au deuxième semestre. A terme, nous voudrions recruter entre 50 et 100 personnes sur chaque géographie.

FM. Quelle est votre politique de recrutement, et comment faites-vous en sorte d’attirer les meilleurs talents ?

CM. Nous ne lésinons pas sur les moyens pour attirer les meilleurs talents européens. Nous investissons massivement dans le recrutement et la formation de nos employés. Cela passe aussi par un management fort, et la mise en place de process qui garantissent que chacun dispose des moyens pour réussir. Nous encourageons également le partage du savoir-faire en interne : le fait de mettre à plat les raisons du succès de tel ou tel collaborateur permet à ses pairs de le reproduire ! Jusque là, notre politique RH a porté ses fruits, puisque nous disposons d’une excellente rétention parmi nos employés. Agicap, c’est une école de la vente valorisée par des collaborateurs ambitieux et conquérants.

FM. Quels conseils pourriez-vous donner aux entrepreneurs qui souhaitent développer leur activité à l’étranger ?

CM. Il n’y a pas de sauce miracle selon moi. L’important, c’est à mes yeux d’aborder chaque nouveau pays comme une nouvelle entreprise, en ne pensant jamais que c’est gagné d’avance. Dans notre cas, nous avons pris le temps d’enchaîner les rencontres et les calls, de la même manière que lorsque nous avons lancé la France. Or, cette tâche doit incomber à nul autre que la personne détentrice du savoir – dans notre cas, les fondateurs. Pour cette raison, l’exploration d’un nouveau marché n’est généralement pas déléguable, et la période de temps requise souvent incompressible. En effet, lorsqu’on se lance sur une nouvelle géographie, on ne peut espérer jouer sur le bouche-à-oreille ou sur le branding, tous deux inexistants. Malgré le succès de nos premiers déploiements à l’international, nous essayons de rester humbles et de ne rien prendre pour acquis.

FM. Quels concurrents avez-vous à affronter dans les autres pays européens ?

CM. Notre levée de fonds de 100 millions de dollars, dont le montant est important pour un éditeur de logiciel SaaS, ne s’explique pas tant par la concurrence que par la profondeur du marché sur lequel nous opérons. Notre concurrent principal, c’est Excel, qui est encore utilisé par 80% des PME ! Ainsi, nous nous battons avant tout contre nous-mêmes, en visant l’excellence opérationnelle et la vélocité, plus que contre des concurrents inexistants.

FM. Quel a été l’impact de la pandémie de Covid-19 sur votre trajectoire ?

CM. L’épidémie a joué comme un catalyseur, en créant une instabilité économique. Les cartes ont soudain été rebattues dans la manière de faire du business. Or, plus le contexte a été marqué par l’impossibilité de dresser des prédictions business, plus la nécessité d’avoir un suivi fin de sa trésorerie s’est faite sentir. Dans une situation aussi incertaine que celle qu’ont vécu la majorité des entreprises, adopter une position attentiste en matière de reporting financier n’est plus tenable. Avec Agicap, nous voulons aider le dirigeant à être autonome. Par ailleurs, notre solution a permis à de nombreuses PME d’obtenir leur PGE. Dans le contexte actuel de reprise économique, on observe une volonté d’investir : Agicap permet de s’assurer d’allouer au mieux cet argent. De la même manière, notre solution permet de modéliser le remboursement du PGE. Notre conviction demeure la même : pour les cinq à dix années à venir, les PME se piloteront par le cash.

FM. Quelles sont vos ambitions en vous appuyant sur un investisseur de premier plan américain ?

CM. Tout d’abord, nous souhaitons rester sur le segment des PME, pour lesquelles nous savons que notre solution est particulièrement utile. Typiquement des entreprises entre 5 et 250 salariés, qui génèrent entre 500 000€ et 150 M€ de chiffre d’affaires. Depuis ses débuts, Agicap est une entreprise financée par des fonds d’investissement européens (en premier lieu BlackFin Tech, rejoint ensuite par Partech Partners). Si nous faisons aujourd’hui entrer au capital un VC américain, c’est avant tout pour son expertise en matière d’entreprises Tech BtoB, spécialisées sur le segment des PME, qui ont connu un succès mondial – je pense par exemple à Toast ou Deliveroo. Greenoaks jouit d’une capacité à se projeter et d’un savoir-faire pour créer des sociétés leaders à l’échelle internationale. Il y a eu un alignement par rapport au destin d’Agicap.

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