L’acceptation internationale est l’essence même d’EPI

Annoncé en juillet 2020, le projet European Payments Initiative (EPI)* suscite bien des expectatives au sein de l’écosystème européen des paiements. Plus de six mois après la présentation du projet, Martina Weimart, Directrice Générale de la société intérimaire EPI, a présenté les grands axes de cette initiative européenne dans le cadre d’un webinar organisé par l’European Savings and Retail Banking Group (ESBG) auquel ont participé plusieurs experts du paiement.

EPI a vocation à être un « scheme et une solution de paiement paneuropéenne de bout-en-bout » répondant aux « principaux cas d’usage » en matière de paiement « sous une seule marque européenne forte ». Tels ont été les termes utilisés par la société intérimaire EPI pour introduire la présentation des contours opérationnels de ce projet lors d’un webinar dédié aux principaux experts du marché européen des paiements. Lancé en juillet 2020 par un groupe de seize grandes banques européennes représentant cinq pays (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas et Espagne), EPI vise à créer une solution de paiement paneuropéenne unifiée et innovante au bénéfice des consommateurs et des commerçants de la région, en tirant notamment parti des évolutions liées au paiement instantané (SCT Inst). Afin de concrétiser cet objectifs, la société EPI Interim Company est chargée de lancer les travaux de mise en œuvre avec, à sa tête, deux experts du marché européen des paiements, Dr Joachim Schmalzl en tant que Président du conseil d’administration et Martina Weimert en tant que Directrice Générale.

Spectre étendu

Plus qu’un simple instrument de paiement, EPI souhaite adresser un large éventail d’instruments en suivant les initiatives des acteurs et l’évolution des usages. EPI devrait ainsi concerner la carte de paiement, les cartes dématérialisées ou encore le virement instantané, l’idée étant d’adresser le paiement en point de vente, le e et le m-commerce, le retrait d’argent et le P2P, auquel pourraient être greffés « des services à valeur ajoutée comme l’identité numérique ou le financement instantané », selon Martina Weimert. En termes de technologie, le mécanisme de traitement reposerait sur le scheme SCT Inst, ayant déjà fait ses preuves dans le domaine de l’instant payment en Europe.

Selon l’intéressée, six bénéfices précis seront apportés par EPI au secteur du paiement retail en Europe :

1 – Efficacité et harmonisation (dans un marché encore marqué par des divergences en termes d’usages et de modèles en matière de paiement)

2 – Innovation

3 – Développement de l’instant payment à grande échelle en Europe

4 – Réelle alternative attractive pour les consommateurs et les commerçants

5 – Souveraineté européenne/indépendance

6 – Gouvernance ouverte

Concrétisation d’ici à 2025

Depuis son lancement en juillet 2020, EPI a connu de nombreuses évolutions. A commencer par son étendue européenne : en plus des pays fondateurs, la Finlande et la Pologne ont rejoint le dispositif, en sachant que EPI échange actuellement avec sept autres marchés qui étudient leur éventuelle intégration au projet. EPI compte à date 22 parties prenantes et 33 entités réunies au sein d’une société intérimaire. Parmi les nouveaux entrants du projet EPI figurent des acteurs de l’IT comme Wordline ou encore Nets, ainsi que des acteurs bancaires à l’image de Bank Polski ou encore de Banco Sabadell.

La concrétisation du projet EPI serait visée d’ici à 2025, avec plusieurs étapes prévues dont le lancement du P2P d’ici au premier semestre 2022, le wallet d’ici au second semestre 2022, suivis des projets liés à la carte prévus d’ici à 2024. A cet effet, EPI doit mener plusieurs travaux opérationnels dont la création de standards, le développement d’une approche en termes de spécifications et de certifications, la création d’une base technologique et de la gouvernance du projet, sans oublier la proposition de valeur et les travaux en termes de branding et de réseau d’acceptation. Des efforts représentant de lourds investissements pour les parties prenantes, en sachant qu’EPI requiert le soutien des pouvoirs publics. Les « soutiens politiques » apparaissent ainsi comme un élément important, que ce soit sur la création d’un « level-playing field » européen, la stabilité en termes de réglementation, l’interopérabilité, le développement de l’adoption, ou encore les fonds publics. D’autant plus qu’EPI ne vise pas le seul projet européen mais inclut un volet cross-border inexorable. « L’acceptation internationale constitue l’essence même du projet EPI : se limiter aux frontières européennes ne ferait pas sens. Cependant, nous ne pouvons envisager l’acceptation internationale avant d’avoir finalisé les contours du sujet en Europe », explique Martina Weimert. Mais ce n’est pas tout.

La société intérimaire EPI requiert également la contribution des acteurs du marché, pour adresser en priorité les enjeux technologiques, confirmant ainsi l’approche ouverte caractérisant ce projet. Interrogée sur la convergence entre EPI et d’autres initiatives européennes en matière de paiement à l’image des travaux sur la Central Bank Digital Currency (CBDC) menés par la Banque Centrale Européenne (BCE), l’intéressée indique que « la CBDC est un sujet beaucoup plus général que le seul cadre des paiements et ne peut donc être comparé à EPI, d’autant plus qu’il n’en est pas du tout au même niveau de maturité ». Les entités intéressées par EPI ont désormais à leur disposition le site Internet www.epicompany.eu, entièrement dédié à ce projet.

*Voir tribune de novembre 2020


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